Le Livre de Ruth a été rédigé à la fin du XIIème siècle avant Jésus Christ.
L’attachement de Ruth pour sa belle-mère Naomi
À cause d’une famine, à l’époque des juges, un homme originaire de Bethléem nommé Élimélec se rendit dans le pays de Moab, avec sa femme Naomi et ses deux fils, Machlon et Kilyon. Bethléem traversait une grave crise alimentaire et comme beaucoup à l’époque, Élimélec cherchait simplement à assurer la survie de sa famille. Plus tard, Elimélec mourut et Ruth se retrouva seul avec ses fils, qui se marièrent avec des femmes moabites, prénommées Orpa et Ruth. Dix ans plus tard, les deux fils décédèrent également. Naomi recommanda à ses belles-filles de retourner dans le pays de leur mère ; c’est ce que fit l’une d’elle, Orpa, mais Ruth, très attachée à sa belle-mère, choisit de rester auprès d’elle. Ruth et Naomi regagnèrent toutes les deux la ville de Béthléem, la ville dont Ruth était originaire. Leur retour provoqua de l’agitation au sein de la communauté :
« Est-ce bien Naomi ? » demandaient les habitants de Jérusalem
« Appelez-moi Mara, car le tout-puissant m’a remplie d’amertume. » répondit Ruth. (« Mara » signifie « amer »)

La rencontre de Ruth et de Boaz
Un parent du mari de Naomi, du nom de Boaz, possédait des champs de blé ; c’était un homme fort, vaillant, et un propriétaire terrien prospère à Béthléem qui était très respecté. Ruth alla ramasser des épis de blé dans l’un de ses champs. Boaz recommanda à Ruth de rester dans son champ et demanda à ses serviteurs de lui donner à boire et de ne pas la toucher. Boaz était au courant du comportement et des bonnes actions de Ruth envers sa belle-mère et il reconnaissait le courage qu’elle avait eu de quitter sa famille. Il lui offrit de la nourriture et lui dit que l’Éternel allait la récompenser. Par son attitude, Boaz agit dans le respect de la Loi tout en faisant preuve de compassion envers une étrangère moabite vulnérable.

Ruth fait référence à une loi du Lévitique
Au sujet de Boaz, Naomi dit à Ruth : « Boaz a le droit de rachat sur nous ». Cela signifiait que Boaz étant un proche parent de son mari défunt (Élimélek), il pouvait exercer le rôle de « rédempteur » (« go’el » en hébreux).
Le droit de rachat concernait deux choses principales :
–Le rachat des terres : dans la loi d’Israël (Lévitique 25), lorsqu’une famille devait vendre ses terres à cause de la pauvreté, le parent le plus proche pouvait les racheter pour que l’héritage reste dans la famille.
–Le mariage léviratique (pour la protection de la lignée)
Selon la loi du lévirat (Deutéronome 25), lorsqu’un homme mourait sans descendance, un proche parent pouvait épouser la veuve afin de lui assurer protection et sécurité, donner un enfant au nom du défunt et maintenir la lignée familiale.
Ainsi, au cas où Boaz venait à prendre Ruth pour épouse, l’enfant né serait considéré comme héritier du mari défunt de Ruth.
Boaz représente le rédempteur et la protection
Donc, lorsque Naomi dit que Boaz a un droit de rachat sur elle et sur Ruth, elle voulait dire que Boaz avait la légitimité légale et morale d’intervenir. Il pouvait sauver leur situation de précarité, restaurer leur nom, leur sécurité et leur avenir.
Dans la tradition biblique le « go’el » est une figure très forte : c’est celui qui rachète, celui qui restaure, celui qui relève la lignée, celui qui protège les vulnérables. Symboliquement, Boaz représente aussi la stabilité masculine protectrice, l’alliance entre Israël et l’étranger (Ruth est moabite) et la figure du rédempteur.
La scène de l’aire de battage
Lorsqu’au cours d’une nuit, Boaz devait procéder au tri de l’orge, Naomi conseilla à Ruth d’aller trouver Boaz, au moment où il dormirait près du grain. Elle recommanda à Ruth de se laver, de se parfumer, de mettre son manteau et de se coucher aux pieds de Boaz.
En fait, ce geste n’était pas séducteur au sens moderne, c’était un geste symbolique d’humilité et de demande de protection.
Quand Boaz se réveilla et demanda : « Qui es-tu ? », Ruth lui répondit : « Je suis Ruth, ta servante. Étends le pan de ton manteau sur ta servante, car tu as droit de rachat. »
C’était en réalité une demande en mariage, mais formulée comme une demande d’alliance et de responsabilité. Cette phrase peut être interprétée comme « Prends-moi sous ta protection en tant que rédempteur. »
Boaz suit la procédure légale
Boaz accepta, mais il précisa qu’un parent était plus proche que lui. Le lendemain, il alla à la porte de la ville (lieu des décisions officielles), convoqua le parent le plus proche, lui proposa de racheter le champ de Naomi et ajouta que cela impliquait d’épouser Ruth pour relever le nom du défunt. Le parent refusa, alors Boaz déclara publiquement devant les anciens qu’il rachètait les biens d’Élimélek et prenait Ruth pour épouse. Un geste symbolique accompagna cette décision : le parent retira sa sandale, signe légal de transfert de droit.
Ruth et Boaz donne naissance à un fils prénommé Obed
Un garçon prénommé Obed (qui signifie « serviteur » ou « celui qui sert », en hébreu) naquit de l’union de Ruth et Boaz. Ce qui est surprenant, c’est que le texte biblique met presque plus l’accent sur Naomi que sur Ruth lors de la naissance du fils de Ruth et Boaz. Effectivement, les femmes de Bethléem dirent à Naomi : « Un fils t’est né ! » et elles ajoutèrent que l’enfant sera pour elle un restaurateur de vie et un soutien pour sa vieillesse. Symboliquement, l’enfant répare la perte de Naomi ; il est la preuve que la lignée n’est pas éteinte, que la malédiction perçue s’est transformée en bénédiction et que le vide a été comblé. Obed deviendra le père de Jessé et le grand-père du roi David.

Ce détail change tout car cela signifie qu’une étrangère moabite devient ancêtre de la royauté d’Israël.
Le livre de Ruth, qui commença par la famine, l’exil, mort des maris et la stérilité, se termina par une naissance, une lignée, une bénédiction publique et une joie partagée.

