32. ESTHER

Le Livre d’Esther raconte comment une jeune femme juive nommée Esther devient reine de Perse et sauva son peuple d’un projet d’extermination. L’histoire se déroula dans l’Empire perse, sous le règne du roi Assuérus, généralement identifié à Xerxès Ier (Vème siècle av. J.-C.).

La destitution de la reine Vasthi

Le roi Assuérus, qui régnait sur 127 provinces depuis l’Inde jusqu’à l’Éthiopie, organisa un immense banquet, au cours de la 3ème année de son règne, pour montrer sa richesse et sa puissance. Pendant plusieurs jours, il festoya avec les hommes du royaume, tandis que la reine Vasthi donnait un banquet séparé aux femmes. Le 7ème jour, alors que le roi était ivre de vin, il ordonna que Vasthi soit amenée devant les convives, portant sa couronne royale, afin d’exhiber sa beauté.

Le refus de Vasthi et la décision du roi

Vasthi refusa de venir, ce qui provoqua la colère du roi. Ses conseillers s’inquiétèrent : si la reine se permettait de désobéir publiquement, toutes les femmes du royaume risquaient d’imiter son attitude envers leurs maris ; alors, ils recommandèrent alors au roi :

-de destituer Vasthi ;

-de retirer son titre royal ;

-de choisir une autre reine « meilleure qu’elle ».

Le roi décida d’appliquer les recommandations de ses conseillers.

L’organisation d’un concours pour le choix de la nouvelle reine

Après la destitution de Vasthi, le roi Assuérus se retrouva sans reine. Ses serviteurs proposèrent de rassembler dans le palais les plus belles jeunes filles du royaume afin que le roi choisisse celle qui lui plairait le plus. Une sorte de concours royal fut organisé dans le harem impérial. Les jeunes filles devaient passer un long temps de préparation : soins, parfums, purification, apprentissage des usages de la cour.

Esther : une beauté qui va au-delà de l’apparence

Esther était une jeune fille juive exilée en Perse. Elle était orpheline et avait été élevée par son cousin Mardochée, un juif qui vivait à Suse et qui avait l’adoptée après la mort de ses parents. Dès le départ, Esther cumulait plusieurs fragilités : elle était orpheline, femme dans un système patriarcal, étrangère dans un pays païen et elle appartenait à un peuple minoritaire.

Son nom hébreu était Hadassa (« myrthe ») ; c’était une jeune fille belle à tous points de vue, d’une beauté plus profonde que la simple apparence ; elle semblait rayonner par ses nombreuses qualités : douceur, intelligence, retenue, grâce relationnelle, présence intérieure.

Le choix d’Esther comme reine

Esther entra à son tour dans le processus de sélection pour le choix de la nouvelle reine. Elle garda le secret sur ses origines juives, comme le lui avait conseillé Mardochée. Esther plaisait à ceux qu’elle rencontrait et elle obtint rapidement la faveur du gardien du harem et plus tard, elle trouva grâce aux yeux du roi. Le texte dit que le roi l’aima plus que toutes les autres et plaça la couronne sur sa tête. Il organisa un grand banquet en l’honneur d’Esther.

L’hostilité d’Haman et le décret contre les Juifs

Haman, souvent appelé dans le récit « Haman l’Agaguite » était un haut fonctionnaire, qui avait été élevé par le roi Assuérus au-dessus des autres princes du royaume. Haman, qui avait su obtenir les faveurs du roi, devint un homme de cour puissant, une sorte de favori royal, détenteur d’autorité administrative et d’un pouvoir immense. Tous les serviteurs du roi devaient plier le genou et se prosterner devant lui, selon les ordres donnés par le roi à son sujet. Toutefois, Mardochée refusait d’exécuter ces gestes de déférence envers Haman, ce qui suscitait l’hostilité de ce dernier.

L’influence d’Haman sur le roi Assuérus

Haman avait été informé des origines juives de Mardochée et par vengeance, il décida de prendre des mesures pour supprimer le peuple juif présent dans le royaume d’Assuérus. Haman construisit un discours stratégique destiné à susciter la méfiance du roi envers le peuple juif et à obtenir l’autorisation de les détruire. Il prétendit parler au nom de l’intérêt public pour cacher sa vengeance personnelle contre Mardochée. Il n’hésita pas à recourir au mensonge pour arriver à ses fins, évoquant la rébellion du peuple juif contre le pouvoir royal, alors que le texte ne montre aucune insurrection juive :

« Il existe dans toutes les provinces de ton royaume un peuple dispersé et séparé des autres peuples ; ses lois sont différentes de celles de tous les peuples, et il n’observe pas les lois du roi. Il n’est pas dans l’intérêt du roi de le laisser en repos. », dit Haman au roi.

L’édit d’Haman contre les juifs

Le roi se laissa convaincre par Haman et lui permit de faire paraître un décret autorisant l’extermination du peuple juif dans l’Empire perse :

Le roi retira l’anneau de sa main et le donna à Haman fils d’Hammedatha, l’Agaguite qui était l’adversaire des Juifs, et il lui dit : « L’argent et ce peuple sont à ta disposition. Fais-en ce que tu voudras. »

Les secrétaires du roi furent convoqués et des lettres, sur lesquelles était apposée l’empreinte du roi, furent envoyées aux gouverneurs de chaque province afin de les informer de cette décision.

La requête de Mardochée envers la reine Esther

Lorsqu’il apprit cette nouvelle, Mardochée, bouleversé, déchira ses vêtements et parcourut la ville, couvert d’un sac et de cendre, en criant son amertume. Mardochée entreprit une démarche auprès d’Esther afin de lui expliquer la situation et de lui demander d’intercéder auprès du roi, face à la gravité de la situation.

Esther répondit que quiconque entrait chez le roi sans convocation risquait la mort, sauf si le roi tendait son sceptre en or ; elle ajouta qu’elle n’avait pas été appelée depuis 30 jours, ce qui signifiait qu’elle n’avait pas un accès libre au pouvoir et qu’elle risquait sa vie.

Mardochée adressa ces paroles décisives à Esther :

« Ne t’imagine pas que tu échapperas seule parmi tous les Juifs parce que tu es dans la maison du roi. » ;

Il ajouta :

« Si tu gardes le silence maintenant, le secours et la délivrance surgiront d’autre part pour les Juifs, tandis que ta famille et toi vous mourrez. »

Après ces paroles, Esther changea d’attitude et elle demanda que tous les Juifs jeûnent pendant trois jours, qu’ils s’unissent et prient pour elle.

« Je pénétrerai chez le roi ; j’enfreindrai la loi et, si je dois mourir, je mourrai. », affirma Esther.

La démarche d’Esther auprès du roi

Trois jours plus tard, Esther revêtit sa tenue royale et se rendit dans la cour intérieure du palais. Lorsque le roi Assuérus la vit, il lui accorda sa faveur en tendant le sceptre d’or. Le roi lui demanda ce qu’elle désirait et lui dit qu’il était disposé à lui accorder jusqu’à la moitié du royaume si tel était son désir.

Esther répondit au roi qu’elle souhaitait l’inviter, ainsi qu’Haman, à un banquet qu’elle prévoyait d’organiser pour eux. Le roi accepta cette requête et Haman se vanta autour de lui d’être le seul à être convié, avec le roi, au festin organisé par la reine Esther. Toujours animé d’une hostilité grandissante envers Mardochée, il pensait que le banquet serait un moment idéal pour demander au roi de le faire exécuter par pendaison.

Le roi veut honorer Mardochée

Dans la nuit, le roi, qui n’arrivait pas à trouver le sommeil, décida de consulter le registre et les annales sur lesquels figuraient les événements marquants et il découvrit que Mardochée avait dénoncé un complot de deux eunuques qui prévoyaient d’assassiner le roi ; Assuérus, reconnaissant, demanda le lendemain à Haman ce qu’il était coutume de faire pour un homme que le roi souhaitait honorer, car Mardochée n’avait reçu aucune marque d’honneur pour son intervention. Haman, pensant que ce serait lui-même qui serait récompensé, répondit que l’homme devait être vêtu des habits royaux, qu’il devait monter le cheval du roi, être conduit dans la ville et que son nom devait être proclamé en place publique. Le roi demanda à Haman de faire tout cela en faveur de Mardochée, sans rien négliger ; Haman exécuta à contrecœur les ordres du roi.

Plaidoyer d’Esther pendant le banquet

Au cours du banquet, le roi Assuérus demanda à Esther de lui faire part de sa demande. Esther commença par une formule solennelle afin d’établir un lien de confiance :

« Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi… »

Ensuite, elle prononça les mots décisifs :

« Nous avons été vendus, moi et mon peuple, pour être détruits, tués et exterminés. »

Elle souligna trois éléments : la vente (trahison économique et politique), la destruction (objectif total) et l’extermination (violence absolue). Le roi, surpris et choqué, demanda quel était l’homme qui avait osé faire cela. Lorsqu’Esther répondit que l’adversaire et ennemi des Juifs était Haman, le roi, furieux, sortit dans le jardin pour réfléchir. Haman, qui était resté seul avec Esther, se jeta sur le siège qu’elle occupait pour implorer sa vie. À son retour, le roi trouva Haman affalé auprès d’Esther et il interpréta cette scène comme une agression envers la reine ; alors, il condamna immédiatement Haman et ordonna qu’il soit pendu à la potence qu’Haman avait fait préparer pour Mardochée.

Un contre-décret en faveur des Juifs

L’édit en faveur des Juifs est le contre-décret qui suivit la chute d’ Haman et c’est un tournant majeur du récit. Le roi mit à l’honneur Mardochée, qui devint un haut responsable du royaume et il l’autorisa à rédiger un second décret. Ce nouveau décret permettait aux Juifs de se rassembler, de défendre leur vie, de détruire ceux qui les attaqueraient, de protéger leurs familles et de prendre les biens de leurs ennemis, en cas de combat. Cet édit fut envoyé dans toutes les provinces de l’empire.

Ces nouvelles mesures provoquèrent le soulagement et la joie chez les Juifs, qui virent les autorités locales changer d’attitude à leur égard. Ce jour prévu pour la destruction du peuple devint finalement :

-un jour de défense victorieuse,

-un jour de renversement des ennemis,

-un jour de protection du peuple.

Ce renversement fut à l’origine de la fête de Pourim.

L’institution de la fête de Pourim

L’institution de la fête de Pourim est la conclusion du Livre d’Esther et elle transforme un événement de survie en mémoire collective joyeuse.

Après la chute d’Haman et la victoire des Juifs, sous l’action d’Esther et de Mardochée, le peuple fut sauvé du décret de destruction signé par le roi Assuérus.

Le mot Pourim vient de « pour » (le sort). Haman avait tiré au sort la date du massacre des Juifs et ce tirage avait déterminé un jour de destruction. Toutefois, ce jour du « sort » devint un jour de salut pour les Juifs. Mardochée envoya des lettres à toutes les provinces pour établir une commémoration annuelle : le 14 et le 15 du mois d’Adar seraient célébrés désormais comme des jours de joie et de festin, de partage et de solidarité, de souvenir du salut. Esther confirma ensuite cette institution avec l’autorité royale. L’ordre d’Esther fut enregistré par écrit dans un livre.

Le rôle important de Mardochée

Le rôle de Mardochée fut décrit dans les annales des rois des Mèdes et des Perses. Il devint l’adjoint du roi Assuérus et joua un rôle de premier plan pour le peuple juif. Il était un homme reconnu et très apprécié qui agissait de façon désintéressée afin de contribuer au bien-être de son peuple.

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