Les rois de Juda
Le prise de pouvoir d’Athalie sur Juda
Le règne d’Athalie fut un épisode à la fois sombre et fascinant de l’histoire du royaume de Juda, marqué par la violence politique, les luttes de pouvoir et une rupture religieuse importante. Athalie était la fille du roi Achab et de la célèbre Jézabel, figures associées à l’introduction du culte de Baal en Israël. Elle épousa Joram de Juda, ce qui créa une alliance entre les royaumes d’Israël (nord) et de Juda (sud). Après la mort de son fils, le roi Ochozias de Juda fut tué lors d’un coup d’État mené par Jéhu, Athalie s’empara du pouvoir, en agissant de manière radicale : elle fit massacrer presque toute la descendance royale de Juda. Ce geste visa à éliminer toute opposition et à sécuriser son trône. Cependant, un enfant échappa au massacre. : Joas de Juda, un petit-fils d’Athalie, qui fut caché et élevé dans le Temple.
Le renversement du pouvoir après un règne controversé
Athalie devint ainsi la seule femme à avoir régné seule sur Juda. Son règne dura environ 6 ans ; elle consolida son pouvoir de manière autoritaire ; elle favorisa probablement le culte de Baal à Jérusalem, en rupture avec la tradition yahviste et s’inscrivit dans la continuité religieuse et politique de sa mère Jézabel. Dans la Bible, son règne est perçu comme une menace pour l’identité religieuse de Juda. Un enfant échappa au massacre ordonné par Athalie : il s’agissait de Joas, encore nourrisson, qui fut sauvé par une parente proche et Joad, qui cachèrent Joas dans le Temple de Jérusalem pendant six ans. Joas grandit donc dans un lieu sacré, à l’abri du pouvoir royal et il fut formé dans un cadre religieux. Au bout de six ans, Joad passa à l’action : il rassembla les chefs militaires et les gardes du Temple et leur montra Joas, preuve vivante de la lignée royale. Il organisa un coup d’État, fit arrêter Athalie, qui fut exécutée. Joas devint alors roi à l’âge de sept ans.

Le règne de Joas sur Juda et la réparation du Temple
Pendant l’enfance de Joas, celui qui exerça le pouvoir concrètement était Joad, qui agissait comme régent et guidait les décisions politiques et religieuses. Durant cette période, le pouvoir était fortement théocratique (dirigé par l’autorité religieuse), le Temple devint le centre du pouvoir. Les décisions importantes passaient par le prêtre et son entourage. Diverses actions étaient menées sous l’influence de Joad : la restauration du culte de Yahvé, la destruction du culte de Baal et les réparations du Temple.
Après la mort de Joad, Joas commença à écouter d’autres conseillers et à se laisser influencer et il s’éloigna de la ligne religieuse initiale, en tolérant certaines pratiques idolâtres. Joas ordonna même de lapider dans le Temple, Zacharie, le fils de Joad qui l’avait sauvé, car il s’était opposé à ses décisions.
Les descendants de Joas règnent sur Juda
Amatsia : fils de Joas, il règna à une époque où Juda sortait d’une période de restauration après le règne d’Athalie et de Joas, mais la stabilité restait fragile. Il commença par marcher dans la voie de Yahvé, sans toutefois faire disparaître les hauts-lieux. Plus tard, après ses victoires, militaires, il devint arrogant et défia le royaume d’Israël, ce qui entraîna une humiliation militaire, car Joachaz d’Israël lui infligea une lourde défaite. Après 29 ans de règne, il mourut et fut enterré à Jérusalem.
Azaria (Ozias) : fils d’Amatsia, « il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel », mais il ne fit pas disparaître les hauts-lieux et lorsqu’un jour, Azaria prit l’initiative de faire brûler de l’encens dans le Temple alors que cette tâche était réservée aux prêtres, L’Éternel le frappa de la lèpre et il resta lépreux jusqu’à la fin de sa vie, ce qui l’obligea à vivre isolé, tout en continuant de régner.
Jotham : fils d’Azaria, il « fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel », mais les hauts-lieux subsistèrent. Il fit preuve de prudence en renforçant la sécurité intérieure et en consolidant les fortifications.
Achaz : fils de Jotham de Juda, Achaz était connu pour sa politique de compromis avec les puissances étrangères et son infidélité religieuse, qui affaiblirent le royaume sur le plan spirituel et politique. Il fit alliance avec le roi d’Assyrie et accepta de lui payer un lourd tribut pour se protéger des menaces d’Israël et d’Aram. Il est décrit dans le texte biblique comme ayant « mal agi aux yeux de l’Éternel ».
Ézéchias : fils d’Achaz de Juda, il régna environ 29 ans. Il supprima les hauts lieux idolâtres et les sanctuaires non autorisés. Il restaura le temple de Jérusalem et organisa le culte selon la loi de Yahvé. Il renforça la fidélité du peuple à Dieu, en s’appuyant sur les prêtres et les Lévites. Durant son règne, il fut confronté à une attaque des Assyriens, menée par le roi Sennachérib. Selon la Bible, cette attaque fut repoussée par Yahvé, qui détruisit l’armée assyrienne et sauva Jérusalem. Ézéchias tomba gravement malade et reçut une annonce de mort. Par la prière, il obtint 15 années supplémentaires de vie.
La délivrance de Jérusalem sous le règne d’Ézéchias
Le roi d’Assyrie, Sennachérib, dominait le Proche-Orient. Après avoir conquis des villes du royaume d’Israël et de Juda, il menaça Jérusalem. Sennachérib exigea un tribut pour épargner la ville et une soumission totale, humiliant le roi et le peuple. Jérusalem était petite et vulnérable, face à l’armée assyrienne, réputée invincible. Sennachérib envoya des émissaires devant Jérusalem. Arrogants et moqueurs, ils déclarèrent que Yahvé ne pouvait pas sauver la ville, se vantant de la puissance de leur armée. Ézéchias ouvrit le Temple de Jérusalem et pria avec humilité. Il consulta le prophète Ésaïe, demandant guidance et parole divine. Dieu répondit par Ésaïe que le roi d’Assyrie serait repoussé sans combat direct. C’est un ange du Seigneur qui frappa l’armée assyrienne et 185 000 soldats moururent en une seule nuit. Sennachérib retourna en Assyrie humilié et vaincu, laissant Jérusalem indemne. Cet épisode renforça la fameuse réputation d’Ézéchias comme roi pieux et juste.

Manassé : Fils d’Ézéchias, il ne suivit pas les traces de son père. Il fit reconstruire les « hauts lieux » détruits par Ézéchias. Il réintroduisit d’autres cultes, ainsi que des pratiques divinatoires et occultes. Il installa même des autels païens dans le Temple même de Jérusalem. Le texte évoque qu’il « versa aussi beaucoup de sang innocent ». Les actions de Manassé entraînèrent une corruption profonde du peuple et Juda s’éloigna massivement de sa vocation spirituelle. C’est la raison pour laquelle les prophètes annoncèrent un jugement futur sur Jérusalem. Ce jugement se réalisa plus tard avec Babylone (Livre 2 des Chroniques), quand Manassé fut capturé par les Assyriens et emmené en captivité à Babylone, où il pria Dieu et s’humilia profondément. Après son retour, il enleva les idoles et restaura le culte de Yahvé. Malheureusement, le mal était déjà profondément enraciné et le peuple ne changea pas complètement.
Amon : Fils de Manassé de Juda, il succéda à un père au règne long et complexe, marqué par une grande corruption puis un retournement tardif. Amon ne suivit pas le retournement de son père ; il poursuivit l’idolâtrie, multiplia les pratiques religieuses étrangères et contrairement à son père, il ne se repentit pas. Son règne se termina rapidement : il fut assassiné par ses propres serviteurs, dans son palais. Le peuple réagit immédiatement en tuant ses conspirateurs et en plaçant son fils sur le trône.
Josias : fils d’Amon et petit-fils de Manassé, Josias monta sur le trône après une période sombre, marquée par l’idolâtrie et la corruption. Très jeune, Josias se distinguait : il cherchait Dieu et rejetait les pratiques idolâtres de ses prédécesseurs. À l’âge d’environ 20 ans, il lança une réforme religieuse radicale : la destruction des autels païens, des « hauts lieux » et l’élimination des objets liés aux cultes étrangers. Juda fut nettoyé des pratiques idolâtres. Josias visait une purification totale. Un jour, il réunit le peuple, lut publiquement la Loi et renouvela l’alliance avec Dieu.
Le peuple s’engagea à suivre les commandements. Toutefois, malgré les actes de Josias, l’Éternel gardait une grande colère à l’égard de Juda, à cause de tous les méfaits de Manassé et il déclara : « Juda aussi, je vais l’éloigner de moi tout comme j’ai écarté Israël, et je rejetterai cette ville de Jérusalem que j’avais choisie, ainsi que la maison dont j’avais dit ‘C’est là que résidera mon nom’ ». Josias fut tué par le pharaon Néco II, roi d’Égypte, lors d’un affrontement à Megiddo.
Joachaz : Joachaz succéda à son père, le grand réformateur Josias. Il entama une rupture ave l’héritage de Josias en ne poursuivant pas les réformes de son père. Le pharaon Néco II intervint dans les affaires de Juda : il déposa Joachaz et l’emmena en captivité en Égypte ; il imposa à sa place Eliakim, frère de Joachaz et il changea son nom en Jojakim (ou Joïaqim).
Jojakim : Fils de Josias et frère de Joachaz, il fut placé sur le trône par une puissance étrangère, ce qui changea profondément la nature de son autorité. Le pharaon Néco lui imposa un lourd tribut et Juda devint un royaume sous influence étrangère. Le règne de Jojakim était marqué par l’injustice : exploitation du peuple, impôts élevés, construction de palais luxueux, au détriment des pauvres.
Le prophète Jérémie fit écrire un rouleau contenant les avertissements de Dieu mais à la lecture de ce rouleau, la réaction du roi fut de découper le rouleau puis de le brûler. Pendant le règne de Jojakim, l’Égypte perdit de sa puissance, puis Babylone devint dominante. Les choix politiques du roi provoquèrent un affaiblissement progressif du royaume et des attaques contre Juda, qui devint de plus en plus vulnérable. Jojakim mourut pendant cette période troublée.

Jojakin (Joäkin) : Jojakin succéda à son père Jojakim et suivit ses traces. Il n’entreprit aucune réforme. À cette époque, le roi de Babylone, Nabuchodonosor, marcha contre Jérusalem et la ville fut assiégée. Jojakin se rendit et accepta la capitulation avec sa famille. Il fut emmené en captivité avec la famille royale, les élites et les artisans. Cet événement marqua le début concret de l’exil babylonien. Jojakin resta captif à Babylone pendant des années, mais plus tard, un roi de Babylone, Evil-Merodac, le libéra et l’honora. Il reçut une place plus avantageuse que celle des autres rois en captivité, ainsi que d’autres habits et il mangea à la table du roi pendant le reste de sa vie.
Sédécias : le règne de Sédécias, l’oncle de Jojakin, est le dernier acte dramatique de l’histoire du royaume de Juda. Il se termine par la destruction de Jérusalem et l’exil à Babylone, un moment fondateur dans la mémoire biblique. Matthania, dont le nom fut changé en Sédécias, fut placé sur le trône par le roi de Babylone Nabuchodonosor. Son pouvoir était donc dépendant d’une puissance étrangère.
Le prophète Jérémie conseilla à Sédécias de se soumettre à Babylone, mais Sédécias se rebella contre Babylone et rompit son alliance avec Nabuchodonosor en cherchant le soutien de l’Égypte. En réaction, Nabuchodonosor assiégea Jérusalem ; le siège dura longtemps, ce qui entraîna une famine dans la ville et une grande souffrance du peuple. La chute de Jérusalem eut lieu en 586 av. J.-C. et elle fut totalement détruite, ainsi que le Temple. Les fils de Sédécias furent tués devant lui, on lui creva les yeux et il fut emmené en captivité à Babylone.
Révolte contre le gouverneur de Juda
La révolte contre le gouverneur de Juda se déroula juste après la destruction de Jérusalem. Il marque l’échec de toute tentative de stabilisation après la catastrophe. Après la chute de Sédécias : Jérusalem fut détruite, le Temple brûlé et une grande partie de la population fut déportée à Babylone. Les plus pauvres restèrent dans le pays et un gouverneur, du nom de Guedalia, fut nommé par Babylone pour administrer Juda. Il recommanda d’accepter la domination de Babylone pour survivre.
Alors, un homme entra en scène : Ismaël, fils de Nethania ; il était de descendance royale. Il organisa un complot contre Guedalia et le tua. Cet acte représentait une révolte directe contre Babylone. Le peuple paniqua et voulut fuir vers l’Égypte. C’est alors que le prophète Jérémie intervint et avertit le peuple de ne pas fuir en Égypte et il l’exhorta à rester dans le pays. Le peuple partit quand même, en emmenant Jérémie.
Cet épisode symbolise le rejet de la paix et l’échec de la reconstruction après la chute ; il traduit le rejet de la domination babylonienne, malgré les conséquences.
Le peuple quitta même la terre restante, ce qui marqua la fin totale de Juda comme entité politique.

Les rois d’Israël
Les descendants de Jéhu règnent sur Israël
Joachaz : Au cours du règne de Joachaz, le fils de Jéhu devint roi à Israël. « Il fit ce qui est mal aux yeux de l’Éternel », en continuant les péchés de la dynastie précédente ; le poteau d’Astarté était même dressé à Samarie. Au cours de son règne, La colère de l’Éternel éclata contre son peuple et il les livra à Hazaël, le roi de Syrie, et à son fils Ben-Hadad. Joachaz implora l’Éternel qui lui répondit et lui accorda un sauveur qui permit à Israël de connaître un certain soulagement.
Joas : fils de Joachaz, succéda à son père sur le trône d’Israël à Samarie. « Il fit ce qui est mal aux yeux de l’Éternel », en suivant les traces de ses prédécesseurs.
Jéroboam II : fils de Joas, il suivit l’exemple de ses prédécesseurs en ne suivant pas le culte de Yahvé. Il récupéra toutefois les territoires d’Israël perdus et étendit les frontières d’Israël. De ce fait, il rétablit une forme de puissance régionale. Le texte biblique dit qu’il restaura les frontières : « de l’entrée de Hamath jusqu’à la mer de la plaine ». Sous Jéroboam II, Israël redevint un royaume prospère et stable.
Zacharie : fils de Jéroboam II, il hérita donc d’un royaume associé à la prospérité économique et la puissance politique, mais cette stabilité était très fragile : les injustices sociales étaient profondes et la fidélité religieuse était faible. Zacharie ne régna que 6 mois et suivit les péchés de ses prédécesseurs. Il n’entreprit aucune réforme, aucune rupture avec le passé. Très rapidement, il fut renversé par Shallum, fils de Jabesh, un homme sans grande lignée royale connue. Shallum assassina Zacharie et mit fin à la dynastie de Jéhu.
Ainsi s’accomplit ce que l’Éternel avait déclaré à Jéhu :
« Tes descendants jusqu’à la quatrième génération seront assis sur le trône d’Israël »
Règne de Shallum, Menahem, Pekachia et Pékach sur Israël
Les règnes de ces trois rois appartiennent à une période très troublée de l’histoire du royaume du Nord : une succession rapide de rois, de coups d’États et une pression croissante des grandes puissances comme l’Assyrie. Ces règnes furent associés à une phase de désagrégation politique.
Shallum : son règne dura un mois seulement et il fut tué par Menahem. Il n’eut donc pas le temps de gouverner réellement.
Menahem : il prit le pouvoir en tuant Shallum ; son règne dura dix ans, mais il fut marqué par la violence et la répression : il réprima violemment les villes qui lui résistaient, comme Tiphsah. Face à la montée de l’Empire assyrien, Menahem choisit une stratégie : payer un tribut au roi assyrien, par le biais d’une lourde taxe imposée au peuple, afin de garder son trône. Il sauva donc le royaume, mais en l’affaiblissant considérablement.
Pékach : Pékach, un officier, prit le pouvoir en assassinant Pekahia, le fils de Menahem, qui était devenu roi. Durant le règne de Pékach, le roi d’Assyrie vint s’emparer de certaines villes et exila les habitants en Assyrie.
Osée : il arriva au pouvoir par un complot : il conspira contre Pékach, le frappa à mort et prit sa place. Osée devint roi dans un contexte très difficile : l’empire assyrien était dominant et Israël était affaibli et partiellement conquis. Osée choisit d’abord la soumission, puis il tenta de se libérer en formant une alliance avec l’Égypte. Il arrêta de payer le tribut à l’Assyrie, ce qui déclencha une réaction immédiate : Osée fut arrêté et emprisonné, le royaume d’Israël fut envahi et Samarie tomba après un siège de trois ans, en 722 av. J-C. Le roi d’Assyrie déporta une grande partie des israélites en Assyrie.

Cet événement marqua la fin définitive du royaume du Nord.
Les raisons de l’exil d’Israël
Selon le récit biblique, l’exil d’Israël eut lieu car les israélites s’étaient détournés de leur Dieu, celui qui les avait délivrés de l’oppression du pharaon et fait sortir d’Égypte. Ils avaient adopté les coutumes des nations que l’Eternel réprouvait : « Ils se sont dressé des statues et des poteaux sacrés sur toute colline élevée et sous tout arbre vert ». Ils ont adopté des cultes qui irritaient l’Éternel, alors que celui-ci avait prévenu Israël et Juda, par l’intermédiaire de ses serviteurs les prophètes, qu’ils ne devaient pas imiter les nations qui les entouraient et qu’ils devaient rester fidèles à ses commandements. C’est pour cette raison que l’Éternel les a livrés entre les mains de pillards et qu’il les a éloignés de lui.

