Le christianisme primitif désigne toutes les premières formes du christianisme, depuis la mort de Jésus de Nazareth (vers 30 apr JC) jusque vers la fin du IIème siècle. Cette période fondatrice a été marquée par une grande diversité de croyances, de pratiques et d’interprétations.
Le contexte historique et culturel
Le christianisme est né au sein du judaïsme palestinien du Ier siècle ; Jésus était juif, tout comme ses premiers disciples. Le mouvement de ses fidèles a d’abord été perçu comme une secte juive messianique, appelée parfois « la Voie » (Acte des Apôtres). L’influence gréco-romaine s’est avérée essentielle, car l’Empire romain a contribué à la diffusion du message chrétien grâce à ses infrastructures (routes, langue commune, paix relative). Le grec est la langue principale des écrits chrétiens les plus anciens.
Des premières communautés chrétiennes dispersées
Après la mort de Jésus, ses disciples ont formé de petites communautés à Jérusalem, puis en Syrie (Antioche), en Asie Mineure, en Grèce et à Rome. Ces communautés se réunissaient dans des maisons (églises domestiques). Les apôtres Pierre, Jacques et Jean semblent avoir joué un rôle de leadership dans l’Église de Jérusalem. Paul de Tarse, bien qu’il n’ait pas connu Jésus de son vivant, a fondé de nombreuses églises hors de Palestine. Selon lui, le fait de croire en Jésus suffit pour être sauvé, sans nécessité d’observer toute la loi juive, concernant la circoncision, l’alimentation, etc.
Une diversité de croyances, de pratiques et d’interprétation
Le christianisme primitif (du Ier au IIIème siècle) ne formait pas un bloc homogène. Il existait une grande diversité de croyances et d’interprétations concernant la personne de Jésus et sa mission. Avant l’orthodoxie chrétienne ne soit définie au IVème siècle, plusieurs courants coexistaient, souvent en tension. Un noyau commun était toutefois partagé et la plupart des groupes chrétiens primitifs s’accordaient sur quelques éléments centraux :
Jésus est le Messie (Christ) attendu, il est mort crucifié et ressuscité, il offre le salut (la vie éternelle), le royaume de Dieu est proche ou déjà inauguré, il reviendra (parousie) à la fin des temps.
Les divers courants du christianisme primitif
Le judéo-christianisme
Il est le groupe des premiers disciples, attachés à la Loi juive : circoncision, sabbat, alimentation. Ils voient Jésus comme le Messie d’Israël, sans forcément lui attribuer une divinité complète. (ex : les ébionites, au IIème siècle).
Le christianisme paulinien
Porté par Paul de Tarse, il met l’accent sur la foi plutôt que sur la Loi. C’est la foi en Jésus Christ qui apporte le salut, plutôt que les œuvres. Jésus est le sauveur de tous les hommes, pas seulement des juifs. Paul de Tarse développera des idées fortes concernant la divinité du Christ, la grâce et l’Église comme corps du Christ.
Les gnostiques
Ils se sont inspirés des traditions grecques, égyptiennes et orientales. Ils voient le monde matériel comme corrompu ou mauvais, créé par un démiurge inférieur. Selon eux, Jésus est venu apporter une connaissance cachée (gnose), pour libérer l’âme prisonnière du corps.
Le docétisme
Il provient du mot grec « dokein » (sembler) et stipule que Jésus n’avait qu’une apparence humaine mais qu’il n’était pas vraiment incarné, donc qu’il n’a pas souffert réellement. Ce mouvement a été rejeté par les auteurs orthodoxes dès le IIème siècle.
L’adoptianisme
Selon ce mouvement, Jésus est un homme exceptionnel « adopté » comme fils de Dieu à son baptême ou à sa résurrection. Il n’est pas Dieu par nature, mais par choix divin et il représente une christologie basse (humaine). Cette croyance s’est propagée dans certains milieux judéo-chrétien et elle a été reprise plus tard par Paul de Samosate.
Le marcionisme
Fondé par Marcion vers 140 apr JC, Marcion distingue radicalement le Dieu de l’Ancien Testament (loi, justice) et le dieu de Jésus Christ (amour, grâce). Marcion rejette l’Ancien Testament et ne garde que l’Evangile de Luc épuré et les lettres de Paul. Ce courant a été très influent, mais condamné comme hérétique.
La tradition orale et la diversité des premières croyances
Avant d’être écrits, les enseignements de Jésus étaient transmis oralement. La transmission orale a joué un rôle fondamental dans le christianisme primitif, surtout au premier siècle, entre 30 et 70 après la mort de Jésus. Jésus lui-même n’écrivait rien mais enseignait oralement. Il utilisait des paraboles, des images frappantes, des formules brèves et percutantes (« Les derniers seront les premiers… », « Aimez vos ennemis »). Jésus s’inscrivait dans la tradition des rabbis juifs, qui transmettaient oralement la Torah et ses interprétations. Après la mort de Jésus, les disciples sont devenus les garants de la mémoire vivante. Ils transmettaient ce qu’ils avaient vu et entendu : les récits de la Passion, les miracles, les paroles marquantes seront mémorisées et répétées collectivement.
De l’écrit à l’oral : un processus progressif
En raison du vieillissement des témoins oculaires, de la dispersion des communautés et du risque d’altération de la mémoire collective, un besoin d’unification doctrinale était nécessaire. Les évangiles ont commencé à être rédigées à partir des années 60-70. De nombreux évangiles circulaient (évangiles de Thomas, Pierre, Marie mais tous ne seront pas intégrés au canon, dont l’élaboration prendra plusieurs siècles). Ces récits liés à Jésus ou à ses disciples qui n’ont pas été retenus dans le canon officiel du Nouveau Testament ont été qualifiés d’évangiles apocryphes ; le mot « apocryphe » vient du grec « apokryphos » et signifie « caché », « secret », dans le sens de réservé et accessible seulement à certains. Ces récits n’ont pas été reconnus partout car ils transmettaient parfois une vision alternative ou ésotérique du message chrétien et témoignaient de la diversité des croyances chrétiennes aux premiers siècles.
Naissance de l’orthodoxie chrétienne
Au fil du temps, face à la diversité, L’Eglise a cherché à clarifier et à unifier la foi, en créant une « règle de foi », c’est-à-dire un résumé oral des croyances partagées (le futur « Credo »). Elle a également défini les écritures canoniques (à la fin du IIIème siècle) et condamné les courants jugés hérétiques. Ce processus a été lent et conflictuel et il s’est étalé sur les trois premiers siècles. Il a culminé avec les deux grands conciles œcuméniques du IVème siècle (Nicée, en 325, Constantinople, en 381), pour préciser la doctrine (Trinité, nature du Christ, …). Cette orthodoxie s’est construite dans un contexte de diversité doctrinale, de persécutions, de luttes contre les hérésies. Un besoin d’unité ecclésiale et doctrinale était nécessaire, ainsi qu’une base commune, pour la foi et la transmission, dans une Église qui était en pleine expansion dans l’Empire.
Le christianisme primitif désigne donc les premiers pas d’un mouvement spirituel né au sein du judaïsme du Ier siècle autour de la figure de Jésus de Nazareth, reconnu par ses disciples comme le Messie, Fils de Dieu, ressuscité des morts. D’abord marginal et souvent persécuté, ce mouvement va progressivement se structurer, se répandre à travers l’Empire romain et développer une identité propre. La grande diversité des croyances du début laissera place à un processus d’unification doctrinale, sous l’impulsion des communautés majoritaires, des évêques et des Pères de l’Église.