Le deuxième des livres des Chroniques fait suite au premier livre des Chroniques. Il raconte principalement l’histoire du royaume de Juda, depuis le règne du roi Salomon jusqu’à la chute de Jérusalem et l’exil à Babylone. Ce livre reprend et approfondit certains récits déjà présents dans les livres des Rois, mais avec une perspective spirituelle plus marquée.
L’autorité de Salomon est reconnue par tout Israël
Salomon est présenté dès le début comme le roi établi ; les tensions politiques associées à son avènement sur le trône ne sont pas mentionnées comme c’est le cas dans le livre des Rois. Le récit insiste sur la continuité avec David, son père. Il se concentre sur la mission spirituelle de Salomon. Ici, l’accession de Salomon au trône est vue comme une investiture divine.
Juste après être devenu roi, Salomon se rendit à Gabaon pour offrir des sacrifices et c’est là que Dieu lui apparut et lui demanda ce qu’il souhaitait ; Salomon demanda la sagesse, ce qui révèle que sa royauté reposerait non sur la force mais sur une attitude intérieure juste. Salomon avait été choisi pour construire le Temple et pour être le médiateur entre Dieu et le peuple. Il était destiné à accomplir l’œuvre que son père David avait préparée.
La mise en œuvre du projet de construction du Temple par Salomon
Salomon contacta Hiram, roi de Tyr, afin d’obtenir des ressources pour la construction du Temple ; Hiram de Tyr lui fit livrer du bois de cèdre, des cyprès et du santal et permit à ses serviteurs, des artisans qualifiés, de l’aider. La construction du Temple impliqua donc une coopération entre peuples. Salomon mit en place une structure impressionnante : des dizaines de milliers d’ouvriers, des tailleurs de pierre, des porteurs, des superviseurs et une répartition précise des tâches. Le Temple fut construit à Jérusalem, sur un lieu spécifique : le mont Morija, un espace lié à l’histoire sacrée. C’est là que l’Éternel était apparu à David, son père, qui y avait préparé un emplacement sur l’aire de battage d’Ornan, le Jébusien.
Description du Temple
La construction du Temple commença au cours de la 4ème année de son règne. Le bâtiment principal était relativement sobre mais très structuré ; il fut construit selon un modèle en trois parties : la portique (entrée), le lieu saint, le lieu très saint (le Saint des saints) ; cette structure marquait une progression vers le sacré. Le Saint des Saints était la partie la plus sacrée : c’était un lieu cubique, recouvert d’or pur où se trouvaient deux chérubins aux ailes déployées. Un artisan clé intervint dans la construction : il s’agissait de Huram-Abi (appelé aussi Hiram l’artisan). Il réalisa les objets en bronze, les colonnes monumentales, les décorations.
Les éléments majeurs du Temple et leur fonction
Les deux colonnes nommées Jakin et Boaz, hautes et richement décorées, étaient placées à l’entrée ; elles symbolisaient la stabilité et la force. La « mer de bronze » était un immense bassin circulaire, utilisé pour les purifications des prêtres et reposait sur 12 bœufs sculptés. L’autel des sacrifices était situé dans la cour extérieure, utilisé pour les offrandes. Parmi les ustensiles sacrés : les chandeliers (pour apporter de la lumière), les tables (pour les pains sacrés), les autels (pour l’encens).

Le transport de l’arche dans le Temple
L’Arche d’alliance était l’objet le plus sacré d’Israël : elle contenait les tables de la Loi (données par Moïse), symbolisait l’alliance entre Dieu et son peuple, ainsi que la présence de Dieu au milieu d’Israël. C’est Salomon qui organisa le transfert : tous les anciens d’Israël étaient réunis ; les prêtres et les Lévites portaient l’Arche, qui fut déplacée depuis la « Cité de David » vers le Temple à Jérusalem. Le peuple entier était uni et impliqué ; le transport se fit dans une ambiance intense : des musiciens, des chanteurs, des instruments de musique, des louanges et actions de grâce accompagnaient cette procession. L’Arche fut placée dans le lieu le plus sacré : le Saint des Saints, sous les ailes des chérubins. À ce moment-là, une nuée remplit le Temple, signe visible de la présence de Dieu.
L’inauguration du Temple
L’inauguration du Temple marqua l’aboutissement du règne de Salomon : après la construction du Temple et la mise en place de l’Arche, il était temps de la consacrer à Dieu. Au cœur de l’inauguration, Salomo, se tenait devant tout le peuple et adressa une longue prière à Dieu ; dans une posture d’humilité (à genoux et les mains levées vers le ciel) Salomon demanda à Dieu d’écouter les prières faites dans ce lieu, de pardonner les fautes du peuple et d’intervenir dans les situations de détresse.
« Que tes yeux soient jour et nuit ouverts sur cette maison, sur cet endroit, puisque tu as dit vouloir y faire résider ton nom ! Écoute la prière que ton serviteur fait à cet endroit. »
Après la prière, un événement spectaculaire se produisit : un feu descendit du ciel, il consuma les sacrifices et la gloire de Dieu remplit le Temple. Lorsqu’une nuée remplit le lieu et que les prêtres ne pouvaient plus entrer, cela signifia que Dieu avait pris possession du lieu et que sa présence dépassait toute activité humaine ; d’ailleurs les prêtres durent arrêter de servir car ils ne pouvaient plus entrer.

Nouvelle apparition de Dieu à Salomon
La nouvelle apparition de Dieu à Salomon, dans le deuxième livre des Chroniques, est une réponse directe et intime à tout ce qui vient d’être accompli. Dieu apparut à Salomon de nuit, dans une forme personnelle, presque silencieuse après la grande manifestation publique (le feu et la nuée). Dieu dit clairement à Salomon qu’il avait entendu sa prière et qu’il avait choisi ce Temple comme lieu de sacrifice et qu’il y ferait résider son nom. Cela signifiait que tout ce qui avait été construit avait été validé spirituellement. Dieu donna alors une clé essentielle :
« Si mon peuple…s’humilie, prie, cherche ma face et se détourne de ses mauvaises voies, je guérirai son pays ».
Cette parole de l’Éternel peut être considérée comme une loi spirituelle : cela signifie que humilité, prière, recherche sincère et transformation conduisent à la guérison.
Dieu ajouta : « Mes yeux seront ouverts » ; « Mes oreilles seront attentives ».
Toutefois, cette apparition contenait aussi un avertissement très clair : Dieu prévint que si le peuple se détournait de lui et s’il l’abandonnait, le Temple serait rejeté et il deviendrait un symbole de ruine.
Les travaux de construction de Salomon
Les travaux de Salomon ne se limitèrent pas au Temple ; après avoir accompli cette œuvre centrale, il entreprit toute une série de constructions qui structurèrent le royaume sur les plans politique, économique et symbolique. Le Temple fut l’œuvre fondatrice et le reste des constructions s’organisèrent autour de ce Temple : reconstruction de villes, construction de fortifications, de villes-entrepôts, construction d’une flotte et des expéditions commerciales lointaines, qui favorisèrent les échanges, la richesse et le rayonnement international du royaume. Une hiérarchie sociale ainsi qu’une organisation très cadrée du travail furent instaurées.
La richesse de Salomon
La richesse de Salomon était impressionnante, presque démesurée. Elle avait une portée symbolique et spirituelle autant que matérielle. L’or arrivait en quantité énormes chaque année, l’argent devint « aussi commun que les pierres » à Jérusalem, les objets du palais étaient faits d’or pur. Le texte mentionne aussi des milliers de chars, une cavalerie importante et des importations de chevaux. La richesse de Salomon attirait les nations et des rois venaient lui rendre hommage ; ils apportaient des présents (or, épices, pierres précieuses). Un épisode célèbre du récit est la visite de la reine de Saba ; elle vint pour tester la sagesse du roi Salomon et fut émerveillée par cette rencontre. Elle reconnut que tout cela venait de Dieu. Salomon développa un commerce à grande échelle : des importations de pierres rares, des échanges internationaux et des routes commerciales actives. Son royaume devint un centre d’influence. Salomon régna pendant 40 ans à Jérusalem sur l’ensemble d’Israël, puis il mourut et fut enterré dans la ville de son père David. Son fils Roboam devint roi à sa place.

La division du royaume après la mort de Salomon
À la mort de Salomon, son fils Roboam devint roi, mais très vite une tension apparut : le peuple, mené par Jéroboam, vint lui parler pour lui demander une chose simple : alléger les charges imposées par son père Salomon. Roboam consulta deux groupes : celui des anciens qui lui conseillèrent d’écouter le peuple et celui des jeunes conseillers, qui qui dirent d’être plus dur que son père et d’imposer encore plus d’autorité. Roboam choisit la dureté, ce qui fut le point de rupture. Les 10 tribus du nord se révoltèrent, rejetèrent la dynastie de David et suivirent Jéroboam. Le royaume se divisa en deux :
–Le royaume du Nord (Israël), dirigé par Jéroboam.
–Le royaume du Sud (Juda) dirigé par Roboam.
Roboam prépara une armée pour combattre mais un prophète intervint ; il lui dit que cette division venait de Dieu et il interdit la guerre ; Roboam obéit et renonça. Cette division n’était donc pas seulement politique, elle avait une dimension spirituelle, en lien avec l’histoire précédente et avec les dérives du règne de Salomon.
Roboam fit « le mal aux yeux de l’Éternel ». Il se détourna de Dieu et construisit des sanctuaires pour des idoles et les pratiques païennes, ce qui provoqua la colère divine. Le royaume fut attaqué par le roi d’Égypte Shishak ; Jérusalem fut pillée et les trésors du Temple et du palais emportés. Après cette défaite, Roboam et les dirigeants s’humilièrent devant Dieu et Dieu leur permit de rester sur le trône et de sauver la vie du royaume, malgré des pertes matérielles importantes.

Les règnes successifs sur le royaume de Juda
Le deuxième livre des chroniques se concentre presque exclusivement sur le royaume de Juda et ses rois, en mettant en évidence leur relation avec Dieu. L’auteur ne se limite pas à un récit politique : il évalue chaque roi selon sa fidélité à l’Éternel.
Règne d’Abija
Abija était le fils de Roboam et il hérita d’un royaume de Juda encore fragile, récemment séparé du royaume d’Israël ; il régna trois ans. Il faisait face à Jéroboam, roi d’Israël. Dans un discours, il rappela que Dieu avait choisi la lignée de David pour régner et affirma que le royaume de Juda était légitime. Abija et Juda affrontèrent Israël avec 400 000 soldats contre 800 000. Malgré leur infériorité numérique, Juda remporta la victoire, qui fut présentée comme une intervention divine : Dieu soutint ceux qui étaient restés fidèles à son alliance.
Règne d’Asa
Asa devint roi après Abija ; il régna 41 ans à Jérusalem. Dès le début, il se concentra sur la réforme religieuse et la restauration du Temple. Il se distingua par sa fidélité à Dieu et son zèle contre l’idolâtrie. Il commença par éliminer les idoles et les lieux païens : les hauts lieux, statues et autels des dieux étrangers furent détruits. Les prêtres et les prophètes furent réorganisés pour restaurer le culte. Le but était de centraliser le culte à Jérusalem et de purifier le royaume. Plus tard, il fit appel au roi de Syrie pour l’aider contre le royaume du Nord et le prophète Hanani le reprit sévèrement pour ce manque de foi, car il se reposait sur des alliances humaines plutôt que sur Dieu.
Règne de Josephat
Josaphat régna 25 ans. Fils d’Asa, il commença son règne en cherchant sincèrement Dieu : il marcha dans les voies de son ancêtre David, il rejeta les cultes idolâtres (notamment les Baals), il fortifia spirituellement le royaume. Malgré sa fidélité, Josaphat fit une erreur importante : il s’allia avec Achab, un roi du nord connu pour son idolâtrie et ils partirent ensemble à la guerre. Josaphat demanda à consulter Dieu et c’est le prophète Michée qui lui annonça la défaite. Achab mourut au combat et Josaphat échappa de peu à la mort. À son retour, le prophète Jéhu le reprit : « Devais-tu aider le méchant et aimer ceux qui haïssent l’Éternel ? ».
Toutefois, Dieu reconnut ce qu’il y avait de bon en lui. Josaphat réagit bien et continua de ramener le peuple à Dieu. Lorsqu’une coalition d’ennemis attaqua Juda, Josaphat proclama un jeûne, pria publiquement et reconnut son impuissance. Dieu répondit par le prophète Jachaziel : « Ce combat n’est pas le vôtre, mais celui de Dieu ». Le peuple chanta au lieu de combattre et les ennemis se détruisirent entre eux. Vers la fin de sa vie, Josaphat fit encore alliance avec un roi mauvais du nom d’Achazia. Ils construisirent ensemble des navires mais Dieu détruisit leur projet.
Règne de Joram
Dès le début de son règne, qui dura huit ans, Joram, le fils de Josaphat sécurisa son pouvoir par la violence : il fit tuer tous ses frères et élimina aussi certains chefs d’Israël. Il épousa une fille d’Achab, marcha dans les voies des rois d’Israël (idolâtrie) et introduisit des pratiques étrangères à Juda. Le prophète lui adressa une lettre lui annonçant des calamités nationales, la perte de ses biens et de sa famille et une maladie terrible. Effectivement, Joram avait abandonné Dieu, fait pire que les rois du Nord et versé le sang innocent. Des catastrophes en cascade arrivèrent : le révolte d’Édom, la révolte de Libna, l’attaque des Philistins et des Arabes ; de plus, sa famille fut décimée. Son royaume se désagrégea de l’intérieur et de l’extérieur et Joram fut frappé d’une maladie incurable qui le fit beaucoup souffrir. Il mourut dans la douleur, sans être regretté par son peuple.
Règne d’Achazia
Achazia succèda à son père Joram mais sa mère Athalie, issue de la maison d’Achab, le conseille dans le mal. Achazia marcha dans les voies de la maison d’Achab et perpétua les erreurs de son père en s’inscrivant dans une continuité de dérive spirituelle. Achazia s’allia avec Joram, le fils d’Achab, et ils partirent en guerre contre les Syriens. Joram d’Israël fut blessé et Achazia alla lui rendre visite ; c’est là que tout bascula : Dieu utilisa Jéhu pour exécuter un jugement contre la maison d’Achab. Jéhu massacra la descendance d’Achab et fit aussi tuer Achazia, qui ne régna que peu de temps. Sa mort entraîna une guerre dynastique.
Règne d’Athalie
La mère d’Achazia, Athalie, profita de la mort de son fils pour faire disparaître toute la descendance royale afin de prendre le pouvoir. Un seul enfant fut sauvé, l’un de ses petits-fils prénommé Joas. Il fut caché dans une chambre à coucher du Temple, pour empêcher Athalie de la faire mourir. Joas resta caché pendant six ans dans le Temple pendant qu’Athalie régnait dans le pays.


