14. ROMAINS

L’épître aux Romains est une lettre adressée aux chrétiens de Rome, écrite par Paul vers 57-58 apr. J.-C., alors qu’il se trouve en Grèce, vraisemblablement à Corinthe. À travers ce texte, Paul expose de la manière la plus systématique sa compréhension de l’Évangile.

Paul ne semble pas avoir encore rencontré personnellement la communauté chrétienne de Rome. Il lui écrit donc à la fois pour présenter son enseignement, expliquer sa mission et préparer une éventuelle venue à Rome, puis en Espagne.

L’épître aux Romains occupe une place particulière dans le Nouveau Testament. Plus développée que la plupart des autres lettres de Paul, elle propose une réflexion particulièrement ample sur le salut, la foi, la Loi, le péché, la grâce et la relation entre Israël et les nations.

On pourrait résumer Romains ainsi :

Comment l’être humain, pêcheur et incapable de se justifier lui-même, peut-il être réconcilié avec Dieu ?

La réponse de Paul est : par la foi en Jésus-Christ, et non par l’accomplissement des œuvres de la Loi comme moyen de justification. En fait, Paul oppose surtout la foi au Christ à l’idée que l’on pourrait être rendu juste devant Dieu par l’observance de la Loi.

Paul dit explicitement :

« Ainsi, la loi est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. »

Selon Paul, le problème est le suivant : la loi révèle ce que Dieu demande, mais elle ne peut pas, à elle seule, transformer le cœur humain et le libérer du péché.

La foi devient le chemin de justification

Paul affirme que l’être humain est justifié par la foi, c’est-à-dire qu’il reçoit de Dieu une relation juste avec lui, non comme une récompense pour avoir parfaitement accompli la Loi, mais comme un don de la grâce.

Il prend l’exemple d’Abraham, qui est déclaré juste par Dieu avant même la Loi de Moïse. L’épître aux Romains raconte comment Abraham a cru à la promesse de Dieu alors que, humainement parlant, cette promesse semblait impossible.

« Il n’a pas douté, par incrédulité, de la promesse de Dieu, mais il a été fortifié par la foi et il a rendu gloire à Dieu, car il avait la pleine conviction que ce que Dieu promet, il peut aussi l’accomplir. » (4:18-22)

Paul va encore plus loin : dans le chapitre 4, il rappelle qu’Abraham a été déclaré juste avant sa circoncision, ce qui permet de faire d’Abraham le père spirituel des Juifs qui ont la foi, mais aussi des non-Juifs qui ont la foi. C’est très important pour Paul parce que les chrétiens de Rome sont issus de ces deux horizons.

Après Abraham, Paul cite aussi David, qui n’est pas présenté dans la Bible comme un homme sans péché. Avec Abraham, Paul montre que Dieu considère quelqu’un comme juste à partir de la foi. Avec David, il montre quelque chose de complémentaire : la justice que Dieu donne est liée au pardon, et non à une accumulation de mérites.

Il ne s’agit pas toutefois de remplacer « la Loi » par « la foi ». Paul déplace la question. Ce n’est plus :

« Ai-je suffisamment accompli les commandements pour être juste devant Dieu ? », mais plutôt : « Puisque Dieu m’a fait grâce, comment transforme-t-elle ma manière de vivre ? ». Donc, Paul ne dit pas : « Croyez, et peu importe ensuite comment vous vivez. ». Au contraire, après avoir exposé la justification par la foi dans les premiers chapitres, il consacre plusieurs chapitres à expliquer comment doit vivre celui qui a reçu la grâce. Dans les chapitres 12 et 13, par exemple, il parle d’amour, de service, de pardon, de générosité et de respect du prochain. Paul va jusqu’à dire :

« Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres, car celui qui aime les autres a accompli la Loi. » (13:8)

On pourrait donc résumer la pensée de Paul ainsi :

La Loi ne sauve pas—la grâce est reçue par la foi—la foi produit une vie nouvelle—cette vie nouvelle s’accomplit dans l’amour.

L’épître aux Romains présente le salut offert par Dieu en Jésus-Christ à tous ceux qui croient. Paul explique que la justification vient de la foi et de la grâce, et que le Christ libère du péché. Il montre aussi le dessein de Dieu pour Israël et les nations. Enfin, il appelle les chrétiens à vivre dans l’amour, l’unité et la fidélité à l’Évangile.

Dans les trois premiers chapitres de l’épître aux Romains, Paul pose le problème auquel l’Évangile vient répondre : la condition de l’être humain face au péché. Dès le début, il annonce que l’Évangile révèle une « justice de Dieu » reçue par la foi. Paul commence par évoquer les nations qui, bien qu’elles puissent connaître Dieu à travers sa création, se sont détournées de lui et ont adoré les créatures plutôt que le créateur.

Le péché apparaît ainsi comme un éloignement de Dieu et comme un désordre qui touche progressivement toute l’existence humaine. Mais Paul ne limite pas son accusation aux non-juifs : il s’adresse ensuite à celui qui juge les autres tout en commettant lui-même les mêmes fautes. Le fait de posséder la Loi ne suffit donc pas, selon lui, à être juste devant Dieu. Paul se tourne vers les Juifs et souligne que la circoncision et la possession de la Loi ne garantissent pas automatiquement la justice. Ce qui compte véritablement est l’obéissance intérieure et la transformation du cœur.

Ainsi, Paul conduit progressivement son lecteur vers une conclusion radicale : Juifs et non-Juifs, sont tous sont sous l’emprise du péché. Il s’appuie pour cela sur plusieurs passages des Écritures afin de montrer qu’aucun être humain ne peut se prétendre parfaitement juste devant Dieu.

La Loi a néanmoins une fonction essentielle : elle permet de connaître le péché et de prendre conscience de la distance qui sépare l’homme de la volonté divine. Elle ne constitue cependant pas, à elle seule, le moyen par lequel l’être humain devient juste.

C’est à ce moment que Paul présente le cœur de son message : une justice venant de Dieu est désormais manifestée à travers la foi en Jésus-Christ. Cette justice est offerte à tous, sans distinction entre Juifs et non-Juifs.

Paul insiste donc sur le caractère gratuit du salut : l’homme ne peut pas se glorifier de ses propres mérites devant Dieu. La justification devient un don de la grâce, rendu possible par le Christ. La foi ne signifie toutefois pas que Paul rejette la Loi : il affirme au contraire qu’elle est confirmée dans son véritable sens.

Les chapitres 1 à 3 établissent ainsi le socle de toute la lettre : tous on besoin de la grâce de Dieu et cette grâce est reçue par la foi.

« En effet, je ne fais pas le bien que je veux mais je fais au contraire le mal que je ne veux pas. » (7:19)

Romains 4 explique que l’homme est justifié devant Dieu par la foi et non par les œuvres. Paul prend Abraham comme exemple, car Abraham a cru en Dieu et sa foi lui a été comptée comme justice. Il montre ainsi que la justice de Dieu est un don gratuit et non une récompense.

La promesse de Dieu ne dépend donc pas de la Loi, mais de la grâce. Malgré son âge et les circonstances impossibles, Abraham a fait confiance à la promesse de Dieu. Abraham n’a donc pas été déclaré juste parce qu’il avait suffisamment bien agi. Il a cru Dieu, et sa foi lui a été comptée comme justice. Il croyait que Dieu était capable d’accomplir ce qu’il avait promis, c’est-à-dire lui permettre d’avoir une descendance.

Paul applique ensuite cet enseignement aux chrétiens qui croient en Dieu et en la résurrection de Jésus. Jésus a été livré pour nos péchés et ressuscité pour notre justification. Ainsi, le chapitre 4 nous enseigne que nous recevons la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Paul dit en fait en substance que si l’héritage dépendait de la Loi, la foi serait rendue inutile et la promesse serait annulée.

« Et il a reçu le signe de la circoncision comme le signe de la justice qu’il avait obtenue par la foi alors qu’il était incirconcis. » (4:11)

Dans Romains 5 à 8, Paul explique les conséquences de la justification par la foi en Jésus-Christ. Par le Christ, nous sommes réconciliés avec Dieu et nous avons désormais la paix avec lui. La mort de Jésus manifeste l’amour de Dieu, car le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Paul compare Adam et Jésus : par Adam, le péché et la mort sont entrés dans le monde. Par Jésus-Christ, au contraire, la grâce, la justice et la vie sont offertes aux croyants. Là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé. Mais recevoir la grâce ne signifie pas continuer volontairement à vivre dans le péché. Par le baptême, le croyant est uni à la mort et à la résurrection du Christ. Il est donc appelé à vivre d’une manière nouvelle, libéré de la domination du péché.

Paul explique ensuite le rôle de la Loi, qui révèle le péché mais ne peut pas, à elle seule, libérer l’homme. La Loi est bonne mais le péché utilise la faiblesse humaine pour conduire l’homme à la désobéissance. Paul décrit ainsi le combat intérieur entre le désir de faire le bien et la puissance du péché. La délivrance vient de Jésus-Christ, qui libère l’homme de cette situation.

Dans Romains 8, Paul présente alors une vie nouvelle conduite par l’Esprit de Dieu. Ceux qui sont en Christ ne sont plus condamnés, car ils appartiennent désormais au Christ. L’Esprit Saint habite dans les croyants et leur donne une vie nouvelle. Il les aide à vivre selon Dieu et témoigne qu’ils sont ses enfants. Même dans les souffrances, les croyants peuvent espérer, car Dieu agit pour leur bien. Paul affirme que rien ne peut séparer les croyants de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.

Ainsi Romains 5 à 8 présente un chemin de la réconciliation par le Christ à la vie nouvelle dans la grâce et l’Esprit.

« En effet, le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » (6:23)

Les chapitre 9 à 11 parlent du peuple d’Israël, des nations et du dessein de Dieu. Paul exprime d’abord sa profonde tristesse devant le fait qu’une partie d’Israël n’a pas reconnu le Christ. Pourtant, il rappelle qu’Israël a reçu de grandes promesses et une histoire particulière avec Dieu.

Paul explique que la parole de Dieu n’a pas échoué, même si tous les Israélites n’ont pas accueilli le Christ. Il souligne que l’appartenance au peuple de Dieu ne dépend pas seulement de l’origine humaine. Dieu agit selon sa promesse et selon sa grâce, dans sa liberté et sa souveraineté. Paul montre ensuite que les nations païennes ont pu recevoir la justice de Dieu par la foi. À l’inverse, une partie d’Israël a cherché la justice en s’appuyant sur la Loi plutôt que sur la foi.

Le Christ est présenté comme l’accomplissement vers lequel la Loi conduisait. Paul insiste alors sur l’importance de croire en Jésus-Christ et de proclamer l’Évangile. Cependant, il ne considère pas le rejet du Christ par certains Israélites comme définitif. Il affirme que Dieu n’a pas rejeté son peuple et qu’il reste fidèle à ses promesses. Il compare Israël à un olivier dont certaines branches ont été coupées à cause de leur incrédulité.

Les nations croyantes sont représentées comme des branches sauvages greffées sur cet olivier. Paul les avertit de ne pas se croire supérieures à Israël, car elles vivent aussi de la grâce de Dieu. Il annonce également qu’un salut est encore réservé à Israël selon le mystérieux dessein de Dieu. Ainsi, Dieu veut manifester sa miséricorde aussi bien envers les Juifs qu’envers les nations.

Paul reconnaît que les plans de Dieu dépassent la compréhension humaine. Il termine par une louange à la sagesse, à la richesse et à la connaissance insondables de Dieu.

Romains 9 à 11 montre ainsi que Dieu demeure fidèle et qu’il conduit Juifs et nations vers son dessein de salut.

« Ainsi, il n’y a aucune différence entre le Juif et le non-Juif, puisqu’ils ont tous le même Seigneur, qui se montre généreux pour tous ceux qui font appel à lui. » (10:12)

Dans les chapitres 12 à 15, Paul explique les conséquences pratiques de la foi chrétienne. Il invite les croyants à offrir leur vie à Dieu comme sacrifice vivant, saint et agréable. La foi transforme la manière de penser et conduit à rechercher la volonté de Dieu. Chaque chrétien reçoit des dons différents et est appelé à les mettre au service des autres.

Paul insiste sur l’importance de l’humilité et rappelle que tous les croyants forment un seul corps. L’amour doit être sincère et se manifester par la bonté, l’accueil et le service. Les chrétiens sont appelés à bénir ceux qui les persécutent et à ne pas rendre le mal pour le mal. Ils doivent rechercher la paix avec tous et vaincre le mal par le bien. Paul demande également de respecter les autorités et de vivre dans l’amour envers son prochain. L’amour accomplit véritablement la volonté de Dieu et résume les commandements envers les autres.

Les croyants sont invités à vivre dans la lumière et à rejeter les comportements qui appartiennent aux ténèbres. Paul demande aussi de ne pas juger les autres sur des questions secondaires concernant la nourriture ou les jours particuliers (prescrits dans la Loi). Chacun doit respecter la conscience de son frère et rechercher ce qui contribue à la paix. La liberté chrétienne ne doit jamais devenir une occasion de faire tomber ou de blesser un autre croyant. Les chrétiens sont donc appelés à se soutenir mutuellement et à rechercher le bien des autres.

Paul présente le Christ comme le modèle de celui qui ne cherche pas à se plaire à lui-même. Il encourage les croyant à accueillir ceux qui sont différents d’eux, comme le Christ les a accueillis. Il rappelle que l’Évangile est destiné aussi bien aux Juifs qu’aux nations. Paul termine en évoquant son désir de poursuivre sa mission et de porter l’Évangile à d’autres peuples.

Ainsi, Romains 12 à 15 montre que la foi en Christ se traduit concrètement par l’amour, le service, l’humilité, la paix et l’unité.

« Que l’amour soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur, attachez-vous au bien. » (12:9)

Le chapitre 16 est la conclusion de la lettre de Paul et il est principalement consacré aux salutations et aux recommandations finales. Paul commence par recommander Phœbé, une servante de l’Église de Cenchrées, qu’il invite les chrétiens de Rome à accueillir avec respect. Il salue ensuite de nombreux croyants, hommes et femmes, qui ont travaillé avec lui pour annoncer l’Évangile. Parmi eux se trouvent Prisca et Aquilas, qui ont risqué leur vie pour Paul et accueillaient une communauté chrétienne chez eux. Ces nombreuses salutations montrent l’importance de la fraternité et de la solidarité dans les premières communautés chrétiennes.

Paul demande aux croyants de s’accueillir les uns les autres avec amour et de rester unis. Il les met également en garde contre ceux qui provoquent des divisions et enseignent des choses contraires à l’Évangile. Il les encourage à rester fidèles au bien et à rejeter le mal. Enfin, Paul termine sa lettre par une louange à Dieu, qui fortifie les croyants et leur révèle son dessein de salut en Jésus-Christ.

Ainsi, le chapitre 16 résume plusieurs thèmes essentiels de l’épître : la fraternité, le service, l’unité, la fidélité à l’Évangile et la gloire de Dieu.

« Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. » (16:16)

Pour conclure, l’épître aux Romains présente une vision profonde de l’Évangile et du salut offert par Dieu à tous les hommes. Paul montre que tous sont pécheurs, mais que Dieu offre gratuitement sa justice par la foi en Jésus-Christ. La foi chrétienne n’est pas seulement une croyance : elle transforme concrètement la manière de vivre et d’aimer les autres. L’épître de Paul aux Romains conduit de la foi en Christ à une vie transformée par la grâce et l’amour. Elle se termine dans la confiance et la louange envers Dieu, source du salut et de toute espérance.

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