23. 1 ROIS (suite)

Le roi Achab et la reine Jézabel règnent sur Israël

Après la mort d’Omri, qui avait consolidé le royaume et fondé la capitale Samarie, son fils Achab devint roi. D’un point de vue politique, Achab était un roi puissant et diplomate, mais dans la Bible, il est surtout jugé sur le plan religieux et moral. Achab épousa Jézabel, fille du roi phénicien Ethbaal de Sidon. Ce mariage était une alliance politique, mais il entraîna une conséquence majeure : Jézabel introduisit officiellement en Israël le culte du dieu phénicien Baal et celui d’Astarté, ce qui représentait une apostasie grave aux yeux des auteurs bibliques.

Le prophète Élie annonce un jugement à Achab

Élie le Tishbite, un prophète qui venait de Tishbé en Galaad, une région à l’est du jourdain, surgit directement devant le roi Achab, pour lui annoncer un jugement : il lui prédit une grande sécheresse qui durera plusieurs années :

 « Il n’y aura ces années-ci rosée ni pluie, sinon à ma parole », dit-il.

Cette parole attaquait directement le dieu Baal, car Baal était justement considéré comme le dieu de la pluie, de l’orage et de la fertilité. Autrement dit, la prophétie d’Élie était un défi direct aux croyances soutenues par le pouvoir royal.

Cette entrée soudaine donna à Élie une aura particulière : il apparut comme un homme envoyé directement par Dieu au moment d’une crise spirituelle majeure en Israël. À cette époque, le culte du dieu Baal était largement répandu et les prophètes du Dieu d’Israël étaient persécutés. La religion officielle s’éloignait de l’alliance avec Dieu. Élie apparut donc comme le prophète du retour à la fidélité.

La fuite d’Élie qui est obligé de se cacher

Après sa proclamation, Élie se trouva dans une situation dangereuse, en raison de la persécution par Achab et Jézabel des partisans du dieu d’Israël. Élie devint un homme recherché et c’est alors que Dieu lui dit :

«Va-t’en d’ici, dirige-toi vers l’orient, et cache-toi près du torrent de Kerith ».

Ce lieu était situé dans la région de Galaad, à l’est du Jourdain. Pendant qu’il était caché, Élie but l’eau du torrent et des corbeaux lui apportaient du pain et de la viande matin et soir. Cet épisode est central car il montre que Dieu protège et nourrit celui qu’il envoie. Cette protection fut toutefois temporaire et le séjour au torrent de Kérith marqua en réalité la première étape du parcours prophétique d’Élie. Lorsque le torrent finit par sécher (à cause de la sécheresse qu’Élie avait lui-même annoncée), Dieu l’envoya vers une nouvelle étape : la rencontre avec la veuve de Sarepta.

Élie rencontre la veuve de Sarepta

Après avoir vécu un temps près du torrent de Kerith, Élie entendit un jour Dieu lui donner un ordre surprenant :

« Lève-toi, va à Sarepta, qui appartient à Sidon ; j’y ai ordonné à une veuve de te nourrir ».

Le lieu choisi par Dieu était surprenant, car Sarepta se trouvait en territoire païen, dans la région d’où venait justement Jézabel.  À l’entrée de la ville, Élie rencontra une veuve qui ramassait du bois. Il lui demanda de l’eau, puis du pain, mais la veuve exprima sa détresse, lui disant qu’elle n’avait plus qu’une poignée de farine et un peu d’huile. Elle lui expliqua qu’elle préparait un dernier repas pour elle et son fils avant de mourir de faim. Élie lui dit :

« Ne crains point…Fais-moi d’abord un petit gâteau, puis tu en feras pour toi et ton fils ».

Il lui annonça ensuite une promesse :

« La jarre de farine ne s’épuisera pas et la cruche d’huile ne manquera pas jusqu’au jour où Dieu fera tomber la pluie ».

La veuve accepta de faire confiance à cette parole, malgré sa situation.

La mort et la résurrection du fils de la veuve

Plus tard, le fils de la veuve tomba gravement malade et mourut. La mère, bouleversée, dit à Élie :

« Es-tu venu pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ? »

Élie prit alors l’enfant, monta dans sa chambre et pria Dieu avec intensité. Il s’étendit sur l’enfant et supplia Dieu de lui rendre la vie. Dieu écouta la prière d’Élie et l’enfant revint à la vie. 

La veuve s’adressa à Élie :

« Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité ».

Ce miracle est l’une des premières résurrections racontées dans la Bible, qui s’est produite en territoire païen.

Élie demande un rassemblement sur le Mont Carmel

Après trois années, Élie reçut l’ordre de Dieu de retourner auprès du roi Achab, promettant qu’il ferait tomber la pluie sur le pays. Mais avant cela, un événement décisif devait se produire : une confrontation spirituelle publique. Élie demanda alors qu’on rassemble sur le Mont Carmel tout le peuple d’Israël, 450 prophètes du dieu Baal et 400 prophètes de la déesse Astarté soutenus par Jézabel. Il dit au peuple :

« Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; si c’est Baal, suivez-le ».

Élie proposa une épreuve : deux autels furent préparés, chacun avec un taureau pour le sacrifice ; aucun feu ne devait être allumé par les hommes. Chaque camp devait invoquer son Dieu. Le vrai Dieu serait celui qui enverrait le feu du ciel.

Les prophètes de Baal invoquèrent son nom toute la journée : ils criaient, dansaient autour de l’autel, mais rien ne se passa.  Élie reconstruisit alors un autel pour le Dieu d’Israël avec 12 pierres, symbolisant les 12 tribus. Il fit même verser de grandes quantités d’eau sur le sacrifice et l’autel, rendant l’allumage du feu humainement impossible. Puis, il pria simplement :

« Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, que l’on sache aujourd’hui que tu es en Israël ».

Soudain, le feu de Dieu tomba, il consuma le sacrifice, le bois, les pierres, la poussière et même l’eau dans le fossé.

Le peuple tomba face contre terre : « Le Seigneur est Dieu ! ».

Élie ordonna au peuple de saisir les prophètes de Baal et les 450 prophètes furent conduits par Élie au torrent de Kishon où ils furent mis à mort par l’épée.

Cet épisode peut sembler très violent pour les lecteurs modernes, mais il est important de savoir que le culte de Baal était considéré comme une trahison de l’alliance avec Dieu et dans la mentalité de l’époque, les conflits religieux et politiques pouvaient se terminer par l’élimination des prêtres du culte rival.

Après cet événement, Élie monta au sommet du Carmel pour prier. Un petit nuage apparut tout d’abord, et peu après, une grande pluie tomba et mit fin à la sécheresse.

Malgré cette victoire spectaculaire d’Élie, le pouvoir d’Achab et de Jézabel ne disparut pas et la menace contre Élie continua. Lorsque Jézabel apprit ce qui s’était passé, elle jura de tuer Élie.

La fuite d’Élie face aux menaces de Jézabel

Après le défi du Mont Carmel et la mort des prophètes de Baal, Achab raconta tout à sa femme Jézabel. La reine envoya immédiatement un message à Élie :

« Que les dieux me traitent avec la plus grande sévérité si demain à cette heure je ne fais pas de ta vie ce que tu as fait de la vie de chacun d’eux ».

Autrement dit, Jézabel jura de faire mourir Élie. Face à cette menace, Élie prit peur et s’enfuit. Il se rendit d’abord à Beer-Sheba dans le royaume de Juda, très au sud, puis il continua seul dans le désert. Épuisé et découragé, il s’assit sous un genêt et dit :

« C’en est assez, Seigneur ! Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères ».

Élie s’endormit dans le désert et un ange vint le réveiller : il lui déposa du pain cuit sur des pierres chaudes et une cruche d’eau. Il revint une seconde fois et lui dit :

« Lève-toi et mange, car le chemin est trop long pour toi ».

Fortifié par cette nourriture, Élie marcha 40 jours et 40 nuits jusqu’au Mont Horeb, le lieu où Moïse avait rencontré Dieu et reçu la Loi.

Sur cette montagne, Élie s’était réfugié dans une grotte lorsqu’il  ressentit la présence de Dieu, qui se révéla dans un « murmure doux et léger », alors qu’il s’était manifesté par un feu spectaculaire au Mont Carmel. Lorsqu’Élie perçut cette présence, il se couvrit le visage avec son manteau, signe de respect, de crainte sacrée et de reconnaissance de la présence divine.

Les missions divines d’Élie et sa rencontre avec Élisée

Après le Mont Horeb, Élie devint l’agent de Dieu pour les destinées politiques de la région, en particulier pour le royaume d’Aram (Syrie) et le royaume d’Israël. Dieu l’envoya consacrer Hazaël comme roi de Syrie ; il lui annonça que ce roi ferait des ravages en Israël. Il demanda également à Élie d’aller oindre Jéhu, fils de Nimshi, comme roi d’Israël, dans le but de mettre fin à la dynastie d’Achab et à l’influence de Jézabel. Après l’onction, Jéhu devint le bras exécutif de Dieu pour accomplir la prophétie contre la maison d’Achab.

Élie rencontra Élisée, un homme présenté comme étant ordinaire, encore inconnu du public, mais préparé pour un grand rôle. Élisée était au champ en train de labourer avec 12 paires de bœufs. Élie s’approcha et lui dit : « Viens derrière moi, et suis-moi ». C’était une invitation à partager la vie et la mission d’un prophète et à se former auprès de lui. Élie abandonna ses bœufs et suivit Élie.

Attaque de la Syrie sur la ville de Samarie

À cette époque, la capitale du royaume d’Israël était Samarie, fondée par le roi Omri. Le royaume d’Israël était menacé par le royaume d’Aram (Syrie), dont Damas était la capitale.  Le roi Ben-Hada rassembla une grande coalition de 32 rois alliés ainsi qu’une armée importante avec des chevaux et des chars. Ils montèrent assiéger Samarie, la capitale d’Israël.  Ben-Hadad envoya des messagers à Achab pour lui imposer des conditions humiliantes : livrer ses femmes et ses enfants, son argent et son or. Les exigences de Ben-Hadad devinrent telles qu’Achab refusa finalement.  Un prophète au nom inconnu vint voir Achab, pour lui annoncer que Dieu lui donnerait la victoire ; la raison en était importante : « Afin que tu saches que je suis le Seigneur ». L’armée d’Achab réussit à faire fuir les Syriens et à obtenir la victoire, qui fut présentée comme une intervention divine.

Seconde attaque des Syriens contre Israël

L’année suivante, les Syriens revinrent attaquer Israël. Les conseillers syriens pensaient que la victoire précédente était due au fait que « Le Dieu d’Israël est un dieu des montagnes », puisque la bataille avait eu lieu dans une région montagneuse. Ils décidèrent donc cette fois-ci de combattre dans la plaine, pensant qu’Israël n’y serait pas puissant. Mais un prophète annonça que Dieu donnerait encore la victoire à Israël pour montrer :

« Je ne suis pas seulement le Dieu des montagnes, mais aussi des plaines ».

Israël remporte la victoire sur les Syriens

Israël remporta la victoire et une grande partie de l’armée syrienne fut détruite. Après la défaite, Ben-Hadad se rendit et implora la pitié d’Achab. Achab choisit de l’épargner et de conclure un traité avec lui. Mais un prophète reprocha ensuite à Achab cette décision, car Ben-Hadad avait été livré entre ses mains par Dieu. Le prophète annonça que cette erreur aurait des conséquences : la vie d’Achab serait finalement prise à la place de celle de Ben-Hadad.

Achab convoite la vigne de Naboth

Naboth était un israélite de la ville de Jezreel, propriétaire d’un vignoble familial. Le roi Achab convoitait son terrain et souhaitait l’acquérir. Naboth, qui était fidèle à la loi et aux traditions israélites, refusa de vendre ou d’échanger sa vigne. La reine Jézabel décida d’ourdir un plan pour faire accuser Naboth de blasphème et de trahison : elle écrivit des lettres au nom d’Achab, donnant l’ordre de convoquer les anciens et les nobles de la ville. Dans ces lettres, elle accusa Naboth de blasphème contre Dieu et contre le roi et demanda d’organiser un procès devant les gens influents de la ville. Les accusateurs suivirent ses instructions : Naboth fut condamné à mort, non pour son refus de vendre sa vigne, mais pour un crime inventé qui semblait religieux et politique. Naboth fut lapidé à mort, à l’extérieur de la ville.

La mort du roi Achab

Après l’affaire de Naboth, Achab continua son règne, mais il fut averti par le prophète Élie que Dieu avait prononcé un jugement contre lui et sa maison pour ses crimes. Dieu avait annoncé que sa dynastie serait punie et qu’il connaîtrait une mort violente. Lors d’une nouvelle bataille contre les Syriens, Achab s’allia avec Joram, roi de Juda, pour les combattre à Ramoth de Galaad.  Lors de la bataille, Achab fut touché par une flèche et mourut comme Élie l’avait prédit. Après sa mort, son corps fut jeté dans la même endroit où Naboth avait été tué et son sang se mêla à celui de Naboth, symbole de la justice divine qui rattrape le crime.

« Ils lavèrent le char dans le torrent de Samaria, où ils avaient versé le sang de Naboth ».

Le règne d’Achazia sur Israël

Achazia, fils d’Achab et de Jézabel, régna durant une courte période sur Israël du Nord, souvent appelé le royaume d’Israël, avec Samarie comme capitale. Il suivit les traces de ses parents, influencé par les pratiques idolâtres et par les cultes étrangers. Il se détourna de Dieu et ne rechercha pas les conseils des prophètes. Achazia tomba gravement malade ; il envoya des messagers consulter des dieux païens pour savoir s’il survivrait. Le prophète Élie intervint et transmit le message de dieu, qui lui avait révélé qu’Achazia mourrait à cause de son manque de fidélité à l’alliance divine. La prophétie s’accomplit rapidement : Achazia mourut à peine un an après avoir été sacré roi.

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