22. 1 ROIS (suite)

La division du royaume d’Israël après la mort de Salomon

Vers la fin de son règne, Salomon fut critiqué dans le récit biblique, pour avoir imposé de lourds impôts et des corvées pour ses grands projets (temple, palais, villes fortifiées). Il toléra également les cultes étrangers de ses épouses. Selon le texte biblique, cela entraîna un jugement divin : Dieu annonça que le royaume serait divisé après sa mort. Une crise politique très rapide survint après la mort de Salomon, qui mena au schisme du royaume, en quelques jours seulement.

Roboam et Jéroboam, les deux rivaux pour l’accession au trône

Roboam était le fils de Salomon, petit-fils et héritier de la dynastie fondée par David. Sa mère était Naama l’ammonite, une femme étrangère. Son règne marqua un moment décisif de l’histoire biblique : la division du royaume d’Israël.

Jéroboam était le fils de Nebat ; né dans la région de Sarepta, il était originaire de la tribu d’Éphraïm. La Bible souligne qu’il était un homme capable et énergique, c’est la raison pour laquelle Salomon lui confia une responsabilité importante : il était chargé de superviser des travaux et les corvées imposées aux tribus du Nord. Un jour, le prophète Ahiyya de Silo le rencontra dans la campagne. Il déchira son manteau en 12 morceaux et lui en donna 10, annonçant que Dieu retirerait 10 tribus à la dynastie de Salomon et les donnerait à Jéroboam. Quand Salomon apprit cette prophétie et la popularité de Jéroboam, il chercha à le faire mourir. Jéroboam s’enfuit alors en Égypte auprès du pharaon Sheshonq I et y resta jusqu’à la mort de Salomon.

Les tribus du Nord rejettent Roboam et choisissent Jéroboam

Après la mort de Salomon, son fils Roboam se rendit à Sichem pour être proclamé roi. Les tribus du Nord, menées par Jéroboam, lui adressèrent cette demande : « Allège le joug dur que ton père a mis sur nous ». Alors, Roboam consulta deux groupes :

-les anciens conseillers de Salomon lui recommandèrent la douceur et l’écoute.

-les jeunes conseillers recommandèrent la dureté et l’autorité.

Roboam choisit le second conseil et répondit : « Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père […] Mon père vous a châtiés avec des fouets, moi je vous châtierai avec des scorpions. »

Cette réponse provoqua la révolte au sein du peuple et les tribus du Nord proclamèrent alors :

« Quelle part avons-nous avec la maison de David ? À tes tentes, Israël ! ».

Ce fut la sécession des tribus du Nord, qui proclamèrent roi Jéroboam.

Roboam tenta de reprendre le contrôle en envoyant son ministre des corvées, Adoram, mais ce dernier fut lapidé à mort par le peuple. Roboam dut s’enfuir précipitamment sur un char vers Jérusalem.

Les tribus restées fidèles à la dynastie de David

Après la révolte contre Roboam, certaines tribus restèrent fidèles à la dynastie de David et se rallièrent à Roboam :

la tribu de Juda

la tribu de Benjamin

Ces tribus formèrent le territoire qui s’appela désormais le royaume de Juda.

Le cas particulier des Lévites :

La tribu des Lévites n’était pas territoriale comme les autres ; les Lévites étaient dispersés dans tout le pays car leur fonction était religieuse et sacerdotale. Lorsque Jéroboam instaura des sanctuaires rivaux à Béthel et à Dan et qu’il nomma des prêtres qui n’étaient pas lévites, beaucoup de Lévites quittèrent le royaume du Nord. Ils se réfugièrent alors à Jérusalem, dans le royaume de Roboam, ce qui renforça le royaume de Juda. Des hommes provenant d’autres tribus rejoignirent aussi Juda : ceux « qui avaient à cœur de chercher le Seigneur ». Ils venaient des tribus du Nord mais choisirent de rester attachés au Temple de Jérusalem.

La carte du nouveau paysage politique

Après la rupture entre Roboam et Jéroboam, l’ancien royaume unifié fondé par David se divisa en deux royaumes distincts. Cette division allait structurer toute l’histoire biblique qui suivit.

-Le royaume du Sud : Juda

Roi : Roboam

Capitale : Jérusalem

Tribus principales : Juda, Benjamin

Particularités : c’est le royaume qui conserva le Temple de Jérusalem construit par Salomon. Il garda la lignée royale de David, ce qui lui donna une forte légitimité religieuse.

-Le royaume du Nord : Israël

Les tribus du Nord firent sécession et fondèrent un royaume indépendant, qui regroupa la majorité des tribus.

Roi : Jéroboam

Capitales successives : Sichem (au début) ; plus tard : Tirça, puis Samarie.

Tribus principales : Éphraïm ; Manassé ; Issacar ; Zabulon ; Nephtali ; Aser ; Dan ; Gad ; Ruben ; Siméon.

Jéroboam mit en place un système religieux alternatif, pour éviter que le peuple monte à Jérusalem. Il établit des sanctuaires à Béthel et à Dan. Le culte officiel restait toutefois centré sur le Temple de Jérusalem, ce qui renforça le rôle religieux du royaume de Juda.

Deux royaumes rivaux aux destins différents

Après la division, les deux royaumes devinrent des voisins rivaux. Ils connurent des périodes de guerre, des alliances temporaires, des influences religieuses différentes. Ils ne connurent pas la même fin :

-Le royaume d’Israël (Nord) disparut en 722 av. J.-C., après la conquête par l’Empire assyrien. La capitale Samarie tomba et la population fut déportée.

-Le royaume de Juda (Sud) survécut plus longtemps, mais finit par tomber en 586 av. J.-C., lorsque l’Empire néo-babylonien détruisit Jérusalem et le Temple.

Le règne de Jéroboam sur Israël

Après la révolte des tribus du Nord contre Roboam, Jéroboam fut proclamé roi. Il devint ainsi le premier roi du royaume d’Israël, distinct du royaume de Juda. Au début de son règne, il établit son pouvoir dans la ville de Sichem, qu’il fortifia. Très vite, Jéroboam fit face à un problème majeur : le centre religieux du peuple restait le Temple de Jérusalem, qui se trouvait dans le royaume rival dirigé par Roboam. Jéroboam dit dans son cœur : « La royauté pourrait bien désormais revenir à la famille de David ». Il craignait que son peuple continue d’aller à Jérusalem pour les fêtes, se réconcilie avec la dynastie de David et finisse par le renverser. Pour empêcher les pèlerinages vers Jérusalem, il établit deux sanctuaires majeurs : à Béthel (au sud du royaume) et à Dan, où il plaça des veaux d’or. Puis, il dit au peuple : « Voici ton Dieu, Israël, qui t’a fait monter au pays d’Égypte ». Jéroboam alla plus loin et modifia plusieurs éléments du culte : il nomma des prêtres qui n’étaient pas de la tribu de Lévi ; il créa une fête religieuse alternative et il établit un culte officiel indépendant de Jérusalem. Ces décisions sont critiquées dans le récit biblique.

Un « homme de Dieu » rend visite à Jéroboam

Un jour, Jéroboam reçut la visite d’un prophète, appelé dans le récit « homme de Dieu », qui arrivait de Juda. Il prononça plusieurs prédictions contre Jéroboam et son royaume. Il lui annonça que l’autel de Béthel serait détruit :

« Voici, un fils nommé Josias naîtra dans la maison de David, et il sacrifiera sur toi les prêtres des hauts lieux que tu as brûlés. »

Il déclara qu’un roi issu de la maison de David viendrait détruire les autels et tuer les prêtres idolâtres et prévint Jéroboam que son fils mourrait de façon prématurée.

Pour renforcer le message, le prophète accomplit un geste très symbolique : il frappa l’autel avec sa main et le fendit en deux, montrant que l’idolâtrie de Jéroboam était destinée à tomber.

Plus tard, le prophète Ahiyya de Silo annonça un jugement sur la maison de Jéroboam. Il déclara que sa dynastie serait détruite, à cause « du péché de Jéroboam ».

Les royaumes du Nord seront ensuite souvent jugés selon cette formule : « Il marcha dans les péchés de Jéroboam fils de Nebat. »

Le jugement de la famille de Jéroboam

Consultations du prophète Ahiyya par la femme de Jéroboam

Abiya, le fils de Jéroboam, tomba gravement malade. Inquiet, Jéroboam demanda à sa femme d’aller consulter le prophète Ahiyya de Silo. Il lui demanda de se déguiser afin de ne pas être reconnue. Lorsqu’elle rencontra le prophète, alors âgé, il l’accueillit en disant : « Entre, femme de Jéroboam ! Pourquoi te déguiser ? ». Le stratagème de la femme avait donc été donc inutile. Le prophète rappela d’abord la vocation initiale de Jéroboam : Dieu l’avait choisi pour gouverner Israël ; mais il lui reprocha d’avoir fabriqué des idoles et entraîné le peuple dans l’infidélité. Il annonça alors une condamnation sévère contre sa dynastie.

Les prophéties furent radicales :

-Tous les hommes de la famille de Jéroboam disparaîtront.

-La maison de Jéroboam sera détruite.

-Ses descendants mourront violemment.

Le prophète annonça également un signe immédiat : dès que la femme rentrerait chez elle et qu’elle franchirait le seuil de sa maison, son fils décéderait. Lorsque la femme fut de retour à Tirça, la capitale de Jéroboam, l’enfant mourut. Tout Israël fut en deuil.

La fin de la dynastie de Jéroboam

Après la mort de Jéroboam, qui règna 22 ans sur Israël, son fils Nadab lui succéda et resta au pouvoir pendant environ 2 ans. Le texte biblique insiste que le fait que « Nadab « fit le mal aux yeux de l’Éternel » en marchant dans les mêmes voies que son père : idoles, sanctuaires à Béthel et Dan, culte non lévite. Pendant un siège contre la ville de Gibeton (appelée aussi Gibéa), Nadab fut assassiné par Baasha, un chef militaire. Baasha tua tous les descendants de Jéroboam, accomplissant ainsi la prophétie. Le texte précise que la maison de Jéroboam fut exterminée, ce qui mit fin à la dynastie.

Le règne de Roboam, fils de Salomon, sur le royaume de Juda

Après avoir rassemblé une armée pour tenter de reconquérir le Nord, qui s’était rallié à Jéroboam, il renonça à ce projet après l’intervention du prophète Shemaiah, qui lui dit que la division du royaume venait de Dieu et qu’il ne devait pas lancer d’attaque. Roboam obéit à ce conseil et la guerre civile immédiate fut évitée. Quelques années plus tard, Roboam subit une attaque du pharaon Sheshonq I. Les Égyptiens pillèrent Jérusalem et Roboam dut remplacer les boucliers d’or de Salomon par des boucliers de bronze, ce qui marqua un affaiblissement du royaume. Dans la Bible, Roboam est souvent décrit comme peu sage et mal influencé ; il pouvait faire preuve d’orgueil et d’inflexibilité et il était considéré comme un roi vulnérable, subissant des attaques étrangères et voyant son autorité limitée. Il régna 17 ans sur Juda et son règne fut marqué par la perte politique du Nord, mais la lignée de David et le Temple de Jérusalem furent préservés.

Les successeurs de Roboam et de Jéroboam

Le règne d’Abija sur Juda

Abija, fils de Roboam, succéda à son père après la mort de ce dernier. Il régna pendant 3 ans. Il engagea une bataille contre Jéroboam, roi d’Israël, mettant en avant la légitimité de Juda et la faute du royaume du Nord, qui s’était détourné de Dieu avec les sanctuaires de Béthel et Dan. La bataille fut un succès pour Juda et Abija consolida temporairement le royaume de Juda. La Bible dit qu’Abija « marcha dans les voies de son père Roboam », mais « il n’eut pas tout le cœur pour le Seigneur », ce qui signifie qu’il ne fut pas pleinement fidèle à Dieu.

Le règne d’Asa sur Juda

Fils d’Abija, il succéda à son père et son règne combina stabilité politique, réformes religieuses et défense militaire. Il mena des réformes importantes pour le royaume de Juda contre l’idolâtrie : élimination des idoles et des hauts-lieux (disparition des objets de culte païens et destruction des sanctuaires idolâtres qui avaient survécu à l’époque de Roboam et d’Abija) ; renforcement du Temple de Jérusalem ; rassemblement du peuple autour de Dieu (les Lévites et le peuple furent engagés à servir l’Éternel et à renouveler les alliances avec Dieu). Il sut faire face aux menaces externes en formant des alliances stratégiques, comme celle passée avec le roi Ben-Hadad de Syrie. Asa sut faire preuve de prudence et de foi et il est loué dans la Bible pour avoir « fait ce qui est droit aux yeux de l’Éternel ». Asa régna pendant 41 ans et fut remplacé par son fils Josaphat, qui continua les réformes.

Le règne de Nadab sur Israël

Nadab devint roi après la mort de son père Jéroboam. Le royaume d’Israël était alors instable politiquement ; Nadab héritait donc d’un royaume fragile. Nadab, comme son père, continua à soutenir les sanctuaires idolâtres à Béthel et à Dan et persista dans le maintien des cultes parallèles pour empêcher les gens d’aller à Jérusalem. Il ne tenta pas de corriger les erreurs de son père et perpétua le « péché de Jéroboam », ce qui scella le sort de sa dynastie. Il fut assassiné pendant le siège de Gibeton (ou Gibéa) par Baasha, général de l’armée israélite, ce qui illustra le jugement prophétique annoncé par Ahiyya de Silo. La mort de Nadab entraîna l’avénement de Baasha, d’une nouvelle dynastie et d’une instabilité chronique du royaume du Nord où assassinats, coups d’État et conflits internes devinrent récurrents. Cette situation contrastait avec le royaume de Juda, où Asa régna longtemps et réussit à stabiliser la situation.

Le règne de Baasha sur Israël

Baasha (également orthographié Baesah), qui était chef militaire dans l’armée d’Israël sous le règne de Nadab, succéda à Nadab, après avoir assassiné ce dernier et exterminé la dynastie de Jéroboam. Il fonda une nouvelle dynastie, parfois appelée « maison de Baasha ». Il règna 24 ans sur Israël et sa capitale était Tirça. Il mena une politique pragmatique, s’assurant la loyauté des troupes et des villes stratégiques, notamment en contrôlant la frontière avec Juda. Il régna par la peur et la force militaire plutôt que par la légitimité religieuse. La Bible souligne que Baasha fit « le mal aux yeux de l’Éternel », en marchant dans les voies de Jéroboam. Cela signifie que les sanctuaires idolâtres furent maintenus, des prêtres non lévites s’occupaient du culte et il n’y eut aucune réforme religieuse. Baasha entretint des tensions constantes avec le royaume de Juda, alors dirigé par Asa, roi pieux et réformateur. Le prophète Jéhu, fils d’Ahiyya, annonça que la dynastie de Baesah serait détruite et que son fils Éla serait assassiné par un officier nommé Zimri.

Le règne d’Éla sur Israël

À la mort de Baasha, Éla hérita du trône à Samarie ; il régna 2 ans à Samarie. Il pratiqua le mal aux yeux de Dieu, poursuivant la politique d’idolâtrie et d’injustice initiée par son père. Son règne fut marqué par l’instabilité er la violence. Éla fut assassiné par Zimri, un officier de sa garde, pendant qu’il était ivre dans sa maison. Zimri tua aussi toute la famille d’Éla, éliminant ainsi la maison de Baasha et mettant fin à sa dynastie.

Le règne de Zimri sur Israël

Le règne de Zimri est l’un des plus courts de l’histoire d’Israël, puisqu’il ne dura que 7 jours. Zimri était un officier de l’armée, plus précisément commandant de la garde du roi Éla, fils de Baasha. Il vit une opportunité de prendre le pouvoir en profitant de la faiblesse de son roi. Zimri assassina Éla et sa famille et il les proclama roi à Samarie. La brièveté du règne de Zimri est due au fait que l’armée d’Israël ne le soutint pas : les commandants proclamèrent Omri, général de l’armée, comme roi en réaction au coup d’État de Zimri. Lorsque Zimri vit qu’Omri marchait sur Samarie, il comprit qu’il n’avait aucune chance. Il se donna la mort en incendiant le palais dans lequel il se trouvait, mettant fin à son règne et à ses ambitions.

Le règne d’Omri sur Israël

Omri était un général de l’armée d’Israël. Après le court règne de Zimri, l’armée et les tribus se rallièrent à Omri. Israël était alors déchiré par les conflits internes et les assassinats royaux. Omri hérita d’un royaume fragilisé politiquement et il dut faire face à Tibini, un rival qui revendiquait le trône. Après une lutte armée, Omri vainquit Tibni qui mourut. Cette victoire consolida son pouvoir et il établit sa capitale à Samarie, qu’il fit fortifier, marquant le début de la renommée de cette ville comme centre politique du royaume du Nord. Omri régna 12 ans et continua les pratiques idolâtres, « faisant ce qui est mal aux yeux du Seigneur », notamment le culte de Baal. Son règne fut toutefois politiquement efficace : il stabilisa le royaume et consolida son pouvoir. Il établit la dynastie d’Omri, qui dura jusqu’à la chute d’Israël devant l’Assyrie.

Omri est considéré comme l’un des rois les plus puissants politiquement, même s’il est critiqué spirituellement dans la Bible. Sa capitale Samarie devint un centre économique et politique majeur.

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