Jésus expliqué à tous

Joseph Doré

Le choix du solstice d’hiver pour la date de l’anniversaire de naissance de Jésus

L’ouvrage de Joseph Doré, théologien et évêque, a pour but de nous faire connaître Jésus, né il y a plus de 20 siècles dans une région qui s’appelait la Palestine. Il nous apporte des explications concernant l’histoire, la portée de son message, l’identité et la postérité de Jésus, qui a plus d’un milliard et demi d’adeptes dans le monde. L’objectif de l’auteur est de nous faire une présentation de Jésus indépendamment de tout prosélytisme, cléricalisme, ou propagande. L’anniversaire de la naissance de Jésus a été choisi au 4ème siècle, au solstice d’hiver, lorsque les romains fêtaient le « Sol Invictus », qui représentait la victoire du Dieu soleil sur la nuit et la mort.  Le choix de cette date faisait écho à la religion païenne qui prédominait à cette époque. Christ signifie « messie », car Christos/Christ signifie en grec ce que Mashiah/Messie, signifie en hébreux.

Des fouilles archéologiques et des attestations indubitables de l’existence de Jésus

Des preuves de l’existence de Jésus ont été apportées par des témoins de son époque ainsi que par les fouilles archéologiques, notamment au XIXème siècle elles qui ont permis de fournir des éléments d’information concernant la Jérusalem contemporaine de Jésus. Des fouilles effectuées par des spécialistes ont permis d’identifier le prétoire où Jésus a été condamné, l’itinéraire qu’il a emprunté, à travers la ville, vers le lieu de sa crucifixion. Des écrivains non chrétiens ont attesté de l’existence de Jésus ; Flavius Joseph, un historiographe romain juif originaire de Judée, a rapporté les miracles réalisés par Jésus. Le latin Pline le Jeune, qui vivait au premier siècle de notre ère, avait informé l’empereur du culte que vouaient certaines personnes à Jésus, qu’ils considéraient comme un dieu.

De nombreux écrits témoignent des activités de Jésus

Des écrits apocryphes (les manuscrits de la mer Morte, l’évangile de Thomas, les écrits gnostiques, ont rapporté des paroles de Jésus. Les quatre évangiles des apôtres Marc, Matthieu, Luc et Jean, considérés comme le « Canôn » (signifie « règle » en grec), fournissent également un témoignage du passage de Jésus sur terre ; tout comme les Actes des apôtres, les épîtres de Paul et l’Apocalypse de Jean. Il existe 88 fragments de papyrus et 3000 manuscrits grecs, des fragments syriaques, coptes, arméniens et latins. Ces écrits ont permis de diffuser la foi en Jésus Christ à travers le monde.

Baptême par Jean le Baptiste et prédication de Jésus avec ses disciples

Jésus est né sous le règne de l’Empereur Auguste, entre l’an 6 et l’an 4 avant JC, avant la mort d’Hérode le Grand, à Nazareth. Sa langue maternelle était l’araméen, de forme dialectale galiléenne. Il avait aussi une bonne connaissance de l’hébreux, qui était la langue usuelle véhiculée par le Temple de Jérusalem et les synagogues du pays. Vers l’an 27-28, il a quitté sa famille et sa région natale et s’est fait baptiser par immersion par Jean le Baptiste, dans le fleuve Jourdain. Après un temps passé dans le désert, il a commencé son activité de prédicateur en Galilée, dans la région environnant le lac de Tibériade. Il a formé un groupe de disciples qui le suivront dans ses pérégrinations. Les guérisons miraculeuses qui lui sont attribuées vont susciter l’adhésion des foules mais également l’hostilité, car Jésus représentait une menace pour les autorités politico-religieuses de l’époque.

La Palestine au temps de Jésus : une société hétéroclite

Flavius Joseph a décrit les différents groupes religieux du moment :

  • Pharisiens, (leur souci est de respecter scrupuleusement les prescriptions de la Loi de Moïse)
  • Esséniens : (insistent sur la pureté rituelle)
  • Sadducéens (des notables, proches du temple de Jérusalem)
  • Zélotes (veulent expulser l’occupation romaine par les armes)
  • Sicaires (luttent contre l’occupation romaine)
  • Thérapeutes (ont une exigence spirituelle et ascétique)

L’auteur affirme que Jésus apparaissait proche des scribes, qui étaient spécialisés dans la rédaction de documents administratifs. Il a adhéré au courant baptiste (de Jean le Baptiste), qui observait la loi mosaïque. Il a ensuite pris ses distances pour former son propre groupe de disciples.

Un esprit contestataire et des actes qui dérangent le pouvoir en place

Jésus a mené une activité de prédicateur et on l’appelait « rabbi » ; de nombreux prédicateurs existaient à cette époque. Son attitude contestataire dérangeait l’aristocratie sacerdotale, notamment le grand prêtre Caïphe, représentant du pouvoir romain d’occupation, qui voyait en Jésus un agitateur social susceptible de mener le peuple à la révolte contre le pouvoir en place. Jésus a été condamné par Ponce Pilate (préfet romain de Judée) à la suite d’un procès bâclé, puis crucifié aux portes de Jérusalem, sur le Mont Golgotha. Il est mort le 7 avril de l’an 30 (qui correspond au vendredi 14 nizan du calendrier juif). Vers les années 35-40, des rumeurs se sont propagées autour du bassin méditerranéen, par l’intermédiaire de témoignages oraux et écrits, concernant la résurrection de Jésus ; ensuite, les premières communautés de chrétiens se sont formées.

Le « chemin de croix », dernier parcours de Jésus avant sa crucifixion sur le Mont Golgotha

Ce sont les grands prêtres qui, se sentant menacés par les agissements et les discours de Jésus, qualifié de dissident et à l’origine de troubles sociaux, ont décidé de le mettre à mort. Ils l’ont dénoncé auprès des représentants du pouvoir romain, qui a entamé la procédure de condamnation, sous les ordres du préfet romain de l’époque, Ponce Pilate. C’est Juda, l’un des douze apôtres, qui a fait un signe de la main pour permettre aux soldats romains d’identifier Jésus.  La Judée étant à cette époque sous occupation romaine, l’exécution a été romaine, c’est-à-dire par la crucifixion, alors que les juifs avaient recours à la lapidation. La crucifixion était utilisée pour exécutés les condamnés dits « déviants ». Ils devaient porter le « patibulum », une poutre de bois, jusqu’au lieu de crucifixion et là, la poutre était fixée horizontalement à un poteau enterré. Le « chemin de croix » représente le dernier parcours de Jésus avant d’arriver au Mont Golgotha où il a été crucifié, aux côtés de deux brigands qui ont subi le même sort ; son cœur a été transpercé par une lance et ses jambes ont été brisées afin de s’assurer de sa mort. Ses apôtres n’ont pas assisté à son exécution, qui a eu lieu juste avant la célébration de Pâques, qui commémore la libération du peuple juif, qui était prisonnier en Egypte et a pu s’échapper en traversant la mer Rouge, lors de l’Exode ; parmi les amis proches de Jésus, seul Jean était présent, ainsi que la vierge Marie avec quelques femmes. Sur la croix, c’est à Jean que Jésus a confié sa mère, Marie. Une fois sa croix déposée, un notable nommé Joseph d’Arimathie a récupéré le corps de Jésus afin de le placer dans un tombeau dont il disposait.

Les messages et la sagesse enseignés par Jésus

Jésus était considéré comme un sage et il dispensait des conseils sur la façon de mener sa vie. Les évangiles ont transmis par écrit les messages que transmettait Jésus à la population qu’il rencontrait. Il recommandait de cultiver la compassion envers les autres, de rechercher le nécessaire, de cultiver la vertu et de ne pas courir après la richesse, le pouvoir, la domination et les honneurs. Il recommandait de se soucier de l’ici et maintenant, tout en gardant à l’esprit que demain est incertain. Jésus utilisait des paraboles (par exemple, celle du semeur, du bon samaritain, de la vigne) et des comparaisons, pour faire passer ses messages ; cette méthode était couramment pratiquée par les rabbins au 1er siècle après la mort de Jésus. Jésus prônait la « religion du cœur contre la Loi et celle de l’esprit contre la lettre » ; l’auteur précise qu’il est venu « non pas tant pour abolir que pour accomplir ».

« A quoi sert-il à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? » (Luc)

L’advenue du royaume de Dieu est le contenu principal de l’enseignement de Jésus

Jésus annonce à ses contemporains que Dieu, son Père, va intervenir pour juger le monde, au bénéfice de son peuple et qu’il existe donc un « dieu vivant et vrai ». Il appelle tous ceux qui croient en Dieu à « aimer en vérité chacun de ceux qui sont leurs frères », comme le fait son Père, qui « fait lever son soleil à la fois sur les bons et sur les méchants », afin de se montrer « dignes enfants du Père qui est dans les cieux » et qui est le Dieu des vivants et non pas des morts. Il annonce l’espérance d’une résurrection pour les hommes. Les trois attitudes qu’il recommande sont : l’amour des autres, l’espérance en Dieu et la foi, qui est le fait de croire en ses paroles et en lui.

Faire la volonté du Père par des actes et ne pas se contenter de belles paroles

Les personnes qui sont agréables à Dieu ne sont pas celles qui disent « seigneur, seigneur » mais celles qui accomplissement sur terre ses volontés. Jésus demande aux hommes comment il est possible d’aimer Dieu s’ils n’aiment pas leur propre frère. Comme le disaient déjà les grands prophètes d’Israël, Dieu réclame la miséricorde, pas les sacrifices.  Cette miséricorde doit être d’abord pour les malades, les exclus, les déclarés impurs, les enfants et même les personnes dites de mauvaise vie doivent y avoir droit. Jésus dénonçait le légalisme, le conformisme, la casuistique. Il recommandait « d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit ». « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », disait-il. Jésus n’hésitait pas à partager son repas avec des pécheurs et des publicains, mal considérés par ses contemporains. Il dénonçait l’endurcissement des cœurs, qui le navrait.

Jésus, ses actes, son identité, sa personnalité

Jésus a été perçu comme un faiseur de prodiges par certains car les guérisseurs, thaumaturges et exorcistes étaient nombreux à cette époque. Les quatre évangiles contiennent 27 récits de miracles. Il n’en tirait aucune gloire, au contraire, il préférait que ces guérisons ne soient pas divulguées ; il n’a jamais eu l’intention d’annoncer aux hommes la libération de toutes leurs souffrances physiques mais souhaitaient les amener sur le chemin de la libération du péché et du mal qui asservissent les cœurs. Si aucun détail concernant son aspect physique ne nous est parvenu, son profil psychologique est davantage connu ; il était un homme capable de grande compassion, d’une grande humanité et fidèle en amitié, comme en témoigne sa relation avec Marthe, Marie et Lazare de Béthanie, son ami dont la mort l’a fait pleurer et qu’il a ressuscité. Jésus était bon, sensible, ferme, avec un caractère de meneur d’hommes. Certains de ses contemporains le traitaient d’« ivrogne et glouton », il était donc amateur de vin et de bonne chair. Dès l’âge de 12 ans, il a fait preuve d’une grande maturité et s’intéressait aux débats organisés dans le temple, entre les dignitaires. Il avait tendance à relativiser les liens familiaux et mettait en garde contre toute surestimation des liens du sang.

Jésus, à la fois vrai homme et vrai Dieu

Jésus a connu la condition humaine et ses épreuves et il était doté d’un pouvoir divin mystérieux. De nombreux titres lui ont été attribués : « Maître », « Rabbi » « Fils de David », « Roi des juifs », « « le Saint », « le Juste », « le Serviteur », « le Berger », « le Pasteur ». Ses titres les plus connus resteront « Christ », « Fils de Dieu », « Seigneur ». Jésus correspond au nom de l’homme de Nazareth et Christ correspond à « messie ». Ses adversaires considéraient que Dieu ne pouvait s’incarner dans un homme ; ils se sont moqués de lui et l’ont méprisé, lui disant « Parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu » (Jean). Certains de ses apôtres l’ont revu après sa mort et des retrouvailles ont eu lieu lors d’un repas au bord du lac de Tibériade. « Il s’est donné à voir par nous », diront ces témoins.  Jésus est venu en sa qualité de « vrai seigneur et de propre fils de Dieu ».

Le salut, un mot essentiel dans le vocabulaire chrétien

Jésus est venu pour « chercher et sauver ce qui était perdu », pour sauver les hommes de la perdition, afin qu’il y ait renaissance de ce qui était voué à la mort. Cette résurrection concerne à la fois l’âme, le corps, le cœur et l’esprit. Dieu, par l’intermédiaire de son Fils, veut établir la communication ainsi qu’une alliance avec l’Humanité, mais il ne force pas les hommes, ils les laissent libres de décider de venir à lui. La puissance de Dieu est d’un autre ordre que la puissance sur terre, qui a trait au succès, aux honneurs, au pouvoir de l’argent, au pouvoir politique sur ses semblables, au prestige et à la renommée. La puissance de Dieu est celle de l’amour ; celui qui est généreux, qui ne domine pas et laisse la place à l’autre. La Tradition chrétienne affirme que chacun des disciples de Jésus Christ peut devenir « fils dans le Fils », en recevant l’« Esprit » qui unit le Père et le Fils. C’est dans cet objectif que Dieu a envoyé son fils sur terre. Selon Saint Irénée, « si Dieu s’est fait homme en Jésus, c’est ni plus ni moins pour que les hommes deviennent Dieu ».

L’Eglise est considérée comme le fruit de la venue de Jésus sur terre

L’Eglise est souvent présentée comme le corps du Christ, voué à se transformer en rassemblement, avec Jésus Christ à sa tête ; les adeptes du Christ sont amenés à se convertir à la Bonne Nouvelle de l’Evangile, à participer à la célébration des sacrements, qui permet d’être intégré à la communauté des croyants, œuvrer en faveur du rassemblement des croyants et soutenir la communication entre les croyants. Ce rassemblement est appelé l’Eglise et vient du substantif grec ekklêsia, dérivé du verbe grec kaléô, qui signifie « appeler ». Le statut de l’Eglise, tout comme celui du christianisme, correspondent à l’ensemble civilisationnel et institutionnel rattaché à Jésus et qui s’est développé au fil des siècles, après sa venue ; ils ont été créés par des hommes et n’ont rien de divin ; l’auteur déplore le fait que des membres de l’Eglise et des responsables aient trahi « leur maître » et il dénonce les attitudes cléricales visant à contrôler les consciences.

Jésus considéré comme l’unique médiateur entre Dieu et les hommes

Jésus, le seul à être à le fois Dieu et homme, est venu offrir le salut à tous les hommes. L’auteur précise que le pape n’est pas le successeur de Jésus, mais de l’apôtre Pierre, tout comme le sont les évêques, les prêtres et les diacres. Ces hommes d’Eglise sont appelés à enseigner l’évangile de Jésus, ce sont des serviteurs de Dieu et ils doivent œuvrer pour l’unité des croyants. Ils n’ont pas vocation à se substituer à Jésus Christ et doivent se garder de verser dans le cléricalisme. L’écrivain Jacques-Bénigne Bossuet, évêque, prédicateur et écrivain, affirmait : « L’Eglise, c’est Jésus Christ répandu et communiqué ». La figure de Jésus n’a pas seulement été à l’origine de mouvements intellectuels, elle a également donné lieu à une vaste production artistique : peinture, sculpture, architecture, icônes (dans la tradition orthodoxe), musique, vitraux. Les représentations de Jésus Christ ont varié suivant les époques : jeune berger dans les catacombes romanes, Jésus ressuscité sur les coupoles byzantines, reproductions de scènes évangéliques au Moyen-Âge, représentations de la passion du Christ au XIVème et XVème siècles.

L’importance de la notion de messianisme dans les religions monothéisme

La religion chrétienne accorde une grande importance au concept de messianisme, c’est-à-dire l’attente de l’homme providentiel, le « leader charismatique », le « sauveur du peuple » ; ils attendent la venue du « roi-messie », qui doit apparaître dans les « nuées du ciel » à la fin des temps, afin de juger l’humanité ; les juifs attendent également un messie et cette attente messianique revêt une importance capitale dans l’eschatologie juive ; ils ne croient pas à Jésus en tant que fils de Dieu ; cette croyance représente pour eux un scandale, car ils jugent inconcevable que  Dieu ait pu s’incarner sur terre dans un être humain. Pour l’Islam, Allah seul est Dieu et il n’engendre pas, toutefois Jésus est un prophète vénéré dans le Coran.

Le salut promis par le Dieu d’amour et de miséricorde

Joseph Doré affirme que les critères pour le salut des hommes ne sont pas d’ordre doctrinal, cela n’aura rien à voir avec le fait d’adhérer à telle ou telle religion ou idéologie. Il s’agira d’évaluer si le message d’amour et de miséricorde aura été appliqué dans les actes et les comportements de chacun. Quel comportement aura-t-on adopté vis-à-vis du faible, du malade, de l’affamé, du prisonnier ? Comment aura-t-on traité le plus petit de ses frères ? Quelles marques d’amour et de compassion aura-t-on manifesté à l’égard de celui qui en avait besoin ? Ce message d’amour et de miséricorde est celui qu’a véhiculé Jésus tout au long de sa vie et celui qu’il voulait voir se transmettre entre les êtres humains, en se mettant au service de ses frères humains, en particulier des plus démunis. Jésus aimait tous les hommes et souhaitaient que tous soient sauvés, même les méchants. L’auteur fait mention de l’inhumanité absolue dont a fait preuve le nazisme pendant la seconde guerre mondiale et il ajoute que malheureusement, « la société nous montre que le ventre qui lui a donné naissance est toujours fécond ».

« il n’y a rien d’impossible pour nous puisqu’il n’y a rien d’impossible pour Dieu ; aucune puissance terrestre ne peut nous atteindre sans la volonté de Dieu », écrit Joseph Doré.

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