Jean Baubérot
Le christianisme, considéré comme une secte juive sous l’Empire romain
Après la crucifixion de Jésus est née la communauté des chrétiens, qui refusaient les sacrifices aux divinités vénérées par l’Empire romain au pouvoir à cette époque, sur les terres hébraïques. Les chrétiens, qui ne se mêlaient pas à la vie publique, étaient considérés par les romains comme une secte juive adorant un criminel (Jésus). Sous l’empire romain se sont alternées des périodes de tolérance et de répression vis-à-vis des chrétiens ; ces persécutions ont été particulièrement virulentes sous l’empereur Néron, faisant des chrétiens des boucs-émissaires pendant son règne, de l’an 54, à sa mort en l’an 68.
Paul et Pierre considérés comme les deux piliers de l’Église
L’apôtre Pierre a subi le martyre et a été crucifié la tête en bas, à Rome, en l’an 64. Au milieu du 3ème siècle, les persécutions se sont intensifiées et de nombreux chrétiens ont été torturés et emprisonnés. Paul était un juif de culture grecque, qui avait combattu les chrétiens avant d’avoir une apparition de Jésus Christ, après la résurrection de ce dernier, sur la route de Damas. Il s’est ensuite converti au christianisme et a favorisé l’ouverture du christianisme aux non-juifs ; il était en faveur d’une religion universaliste, mouvement qui a été combattu par une tendance judéo-chrétienne.
Prise de distance avec le judaïsme et référence au Nouveau Testament
En l’an 49, le christianisme s’est coupé peu à peu du judaïsme et a fait prévaloir le Nouveau Testament, désigné comme étant la « Nouvelle Alliance ». L’adoption des écritures juives pour former la première partie de la Bible a été un premier sujet de discorde ; Marcion, un théologien du IIème siècle, les rejetait car elles faisaient référence à un Dieu vengeur et despote, totalement opposé au Dieu d’amour annoncé par Jésus Christ. Des communautés marcionites se sont développées en Orient et en Occident ; elles ont été persécutées, puis ont disparu au Vème siècle.
Le choix des livres canoniques : les quatre évangiles et l’Apocalypse
Vers 180, le choix de quatre évangiles pour former le « canon » (c’est-à-dire les livres qui font autorité) s’est porté sur les Évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean, le dernier cité étant considéré comme différent des trois autres. Ces Évangiles sont précédés de lettres (ou « épîtres ») de Paul, l’un des principaux fondateurs du christianisme. La formation du canon s’est effectuée sur plusieurs décennies, pour être finalement fixé au IVème siècle ; à cette époque, le christianisme était établi dans l’Empire romain. L’« Apocalypse de Jean » vient clore l’ensemble de ces livres canoniques ; les Églises d’orient ont reconnu avec difficulté l’« Apocalypse », car elles ne le trouvaient pas spirituel.
Le manichéisme, fondé sur l’antagonisme de deux principes : le bien et le mal
Une doctrine, le manichéisme, fondée par Mani (276), s’est répandu dans l’Empire, en Perse, en Asie centrale et en Chine du Sud. Cette doctrine désigne une conception de type dualiste du bien et du mal, considérés comme deux forces égales et antagonistes. Le manichéisme est défini comme un syncrétisme du judaïsme, du bouddhisme, du brahmanisme, du christianisme et du zoroastrisme, qui était la religion officielle de l’Empire perse sassanide. L’évêque Augustin d’Hippone (Saint Augustin), en quête de sagesse et de vérité, a adhéré à la doctrine manichéenne pendant environ dix ans avant de s’en démarquer, après sa conversion au christianisme, en 386.
L’Arménie, premier royaume chrétien au monde et berceau du christianisme
En Orient, l’Arménie, petit pays d’Asie occidentale, est le premier royaume sur terre à devenir officiellement chrétien. Son roi, Tiridate III, après avoir été guéri miraculeusement par Grégoire l’Illuminateur, a incité son peuple à se convertir au christianisme, vers l’an 301.Le christianisme est devenu la religion officielle du pays, délaissant le paganisme et le zoroastrisme. L’Arménie a été partagée en 387 par l’empire byzantin, qui, pour rester en bons termes avec son voisin perse, lui a attribué les deux tiers de pays ; le tiers restant est resté sous domination byzantine. l’Arménie a connu des siècles de malheurs et d’oppression mais elle est restée fidèle à sa foi chrétienne, malgré les tentatives des perses pour la convertir au zoroastrisme, une religion païenne utilisant le feu dans ses rituels sacrés. En 506, le pays s’est doté d’une Église nationale indépendante, appelée « Église apostolique arménienne ».
L’empereur Constantin favorise le christianisme et fonde Constantinople
L’empereur Constantin, qui a régné de 306 à 337, est entré à Rome en brandissant un symbole chrétien ; il a restauré l’unité de l’Empire et favorisé le christianisme, qui commence à s’organiser autour d’églises épiscopales et d’un évêque, également appelé « pape » ou « père », qui doit être obligatoirement un homme et être élu au préalable par le peuple chrétien, puis par des clercs qui se distinguent du peuple. En 324, il a obtenu une victoire contre Licinius (Orient) ; le christianisme était privilégié et les églises recevaient de nombreux dons. Constantin a transformé Byzance en une seconde Rome, puis la ville est devenue Constantinople, où a été transférée la capitale de l’Empire. Constantin a aboli les sacrifices, dont la pratique persistait toutefois au sein de l’aristocratie et de la paysannerie. En 325, Constantin a convoqué un premier concile œcuménique à Nicée. Le concile a affirmé que Jésus Christ est le fils unique de Dieu et qu’il est « consubstantiel au Père ».
Les fils de Constantin : opposition entre nicéens et partisans de l’arianisme
Des camps se sont formés et se sont affrontés : les nicéens stricts et les partisans de l’arianisme, une doctrine fondée par Arius, un prêtre prêchant une doctrine hétérodoxe qui niait la divinité du Christ. En Orient, c’est l’arianisme qui prévalait et c’est Eusèbe de Nicomédie, un proche de l’arianisme, qui a baptisé Constantin sur son lit de mort. Après le décès de Constantin, ses fils ont régné : Constantin II et Constans étaient nicéens en Occident, et Constance II, empereur d’Orient, était un arien modéré. Le concile de Constantinople, réuni à la demande de l’Empereur Constance II, à Constantinople, a eu pour but de rapprocher les points de vue des nicéens et des ariens. Il présentait le Fils comme légèrement subordonné au Père.
Christianisme comme religion d’Etat, élaboration de la doctrine de la Trinité
Avec l’Empereur Théodose Ier (qui a régné de 379 à 395), le christianisme est devenu la religion de l’Empire. L’Empereur étant considéré comme un homme pécheur et un fils de l’Eglise, il n’était pas au-dessus d’elle. L’Eglise primitive avait une doctrine unique (orthodoxe, ou droite), mais il existait des pluralités doctrinales, qui ont été plus ou moins tolérées ou réprimées : donatisme, adoptianisme, docétisme, modalisme. En Cappadoce, l’évêque Basile (379), son frère Grégoire de Nysse (395), influencé par les concepts philosophiques de Platon et son ami Grégoire de Naziance (389), ont élaboré la doctrine de la trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les positions nicéennes sont réaffirmées à Antioche et Alexandrie et soutenues par Théodose. En 381, un nouveau concile a été convoqué à Constantinople, au cours duquel la position de Nicée a été réaffirmée et complétée par la divinité de l’Esprit, « adoré et glorifié avec le Père et le Fils ». Un édit impérial s’en est suivi, proclamant que seuls ceux qui partagent cette croyance sont admis comme chrétiens.
Cinq patriarcats et différentes approches des textes bibliques
Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Constantinople et Rome étaient les cinq patriarcats de l’Empire romain, l’évêque de Rome s’octroyant de plus en plus le titre de pape et la primauté morale. De nombreux débats ont eu lieu à Antioche et à Alexandrie sur la façon d’interpréter la Bible. Alexandrie faisait un parallèle entre la Bible et la philosophie grecque ; quant à Antioche, elle s’attachait à l’aspect historique des récits bibliques. Des philosophes mettaient en exergue les significations allégoriques des récits, la pratique de l’exégèse des textes bibliques avait pour but d’aller au-delà du sens littéral. Le théologien latin Jérôme (420) s’est rapproché de l’école d’Antioche et sa traduction de la Bible s’intitule la « Vulgate » ; celle des grecs est la « Septante ». Au XVIème siècle, c’est celle de Jérôme qui est devenue la traduction officielle de l’Eglise catholique.
Nestorianisme et monophysisme : controverses christiques au Vème siècle
Nestorius (451), ancien moine d’Antioche devenu patriarche de Constantinople, considérait que les natures humaine et divine sont plus juxtaposées qu’unies dans la personne du Christ. Le nestorianisme est un dyophysisme, c’est-à-dire que Nestorius jugeait impossible l’union en une même substance de la nature humaine et de la nature divine. Par conséquent, les nestoriens refusaient l’attribution du titre de mère de Dieu à la vierge Marie. Le monophysisme a émergé en réaction au nestorianisme ; cette doctrine affirmait que le fils n’a qu’une seule nature, divine, qui a absorbé sa nature humaine. Le monophysisme a été condamné lors du concile de Chalcédoine en 451, comme le nestorianisme l’a été lors du concile d’Ephèse en 431. Le monophysisme a continué de se développer en Egypte et en Syrie au VIème siècle.
Changements sociétaux et fêtes liturgiques chrétiennes
La population des états de l’Empire romain est devenue chrétienne quand les souverains le sont devenus. La christianisation a entraîné la création d’une nouvelle législation et des changements au sein de la société. Le dimanche est devenu férié et les fêtes chômées étaient chrétiennes. D’un point de vue législatif, l’infanticide est devenu interdit, pratiquer le concubinage pour l’homme marié n’était plus autorisé, il est devenu interdit de laisser les personnes mourir de faim, des hospices ont été créés, le statut des femmes s’est amélioré.
Deux pôles se distinguaient dans l’année liturgique :
-Pâques : fête de la résurrection du Christ (elle comportait le Carême, l’Ascension, et la Pentecôte)
-Naissance de Jésus Christ : Noël, qui est fixé au 25 décembre à Rome et le 6 janvier à Alexandrie.
Invasion de l’Empire romain d’Occident par les barbares
Les invasions barbares ont débuté moins d’un siècle après la reconnaissance officielle du christianisme par l’Empire. Rome a été mise à sac par le chef goth Alaric. En 476, le dernier empereur occidental a été déposé et exilé. Les pertes pour l’Eglise ont été considérables, toutefois des évêques et des clercs ont résisté et entrepris des négociations avec les barbares. L’Empire s’est maintenu en Orient mais il a reculé avec l’émergence et le dynamisme de la religion islamique au milieu du VIIème siècle.
Les wisigoths se sont convertis au christianisme arien, qui s’est répandu en Occident. Certains rois barbares toléraient le pluralisme religieux, d’autres le réprimaient.
Les francs, restés païens, se sont convertis au christianisme après le baptême de leur roi Clovis par l’évêque nicéen, Rémi, de Reims.
Développement du monachisme chrétien, originaire d’Egypte
Le monachisme est né en Égypte au IIIème siècle ; les premiers moines vivaient dans le désert en ermites, dans la pauvreté et la solitude absolue, détachés d’une vie qu’ils considéraient pleine de péchés. Ils ont ensuite modifié leurs modes de vie pour favoriser la vie en communautés. Certains moines ont été des agents de promotion de la civilisation, œuvrant pour la diffusion du christianisme : Patrick Le Breton a évangélisé l’Irlande, au Vème siècle, Benoît a fondé un monastère au Mont Cassin en Italie au VIème siècle, Joan McNamara et Suzanne Wemple ont fondé des monastères mixtes au VIIème siècle. Le monachisme a favorisé la vie sociale, les réseaux routiers, les activités commerciales et les interactions sociales.
Querelle iconoclaste, appelée querelle des images, dans l’Empire byzantin
La représentation de la divinité a parfois suscité de violentes confrontations au sein de la communauté chrétienne. Pendant 120 ans, de 726 à 843, les images ainsi que les mosaïques, les enluminures et les images peintes représentant le Christ et les saints, ont été systématiquement détruites dans l’Empire byzantin car elles étaient soupçonnées de favoriser une piété idolâtre. Seule la croix nue était admise et de nombreux monastères ont été pillés et détruits. Le culte de l’icône a été rétabli par l’Impératrice Théodora le 11 mars 843, faisant de cette date une fête de l’Eglise byzantine, sous le nom de « triomphe de l’orthodoxie ».
Pépin le Bref à la reconquête des territoires pris par les Lombards
Après avoir déposé les mérovingiens, Pépin le Bref est devenu roi des francs en 751 jusqu’en 768. Il a imposé la liturgie latine dans son empire. Il était le père de Charlemagne et le fils cadet de Charles Martel, qui a arrêté les arabes musulmans à Poitiers en 732. En 756, il a délivré Rome assiégée par les Lombards et il a remis au Pape les territoires repris. Le Pape lui a attribué le titre honorifique de « protecteur, fils aîné de l’Eglise et roi très chrétien ». Les rois de France, depuis le baptême de Clovis, ont souvent été sollicités pour défendre l’Eglise catholique contre les assauts de peuples voisins et ils étaient qualifiés par la Papauté de « fils aîné de l’Eglise ».
Fin du millénaire, rareté des contacts entre chrétiens d’Orient et d’Occident
La fin du premier millénaire a souvent été considérée comme une période d’obscurantisme, en Occident. L’empereur Charlemagne, fils de Pépin le Bref, a été couronné par le Pape Léon III en 800, à Rome. Il a initié des projets de construction de cathédrales, d’écoles, de bibliothèques ; des clochers ont été intégrés aux églises, pour souligner la reprise de la collaboration entre le temporel et le spirituel (l’horizontalité et la verticalité). L’Empire byzantin était prédominant, au détriment de l’Empire d’Occident qui apparaissait plus affaibli. Les contacts entre Rome et Constantinople se raréfiaient et les rivalités doctrinales et ecclésiastiques persistaient. L’Empire carolingien a pris fin en 924. Otton Ier, prince germanique succédant à Charlemagne et couronné en 962, souhaitait rassembler les peuples latins chrétiens.
Réforme grégorienne, rupture Orient-Occident
Le Pape Grégoire VII est le principal acteur de cette réforme. Les papes, élus auparavant par le clergé et la population, l’ont été ensuite par les prêtres, les diacres des églises romaines et les cardinaux. Le collège des cardinaux formait une « cour » autour du pape, appelée la « curie ». Le siège romain est devenu le centre de l’Eglise latine. Le célibat, imposé aux prêtres, a été refusé par les chrétiens orientaux. Grégoire VII a excommunié le roi Henri IV et l’a déposé deux fois en 1076 et 1080 ; le roi a dû venir à Carossa pieds nus, en costume de pénitent, pour implorer le pardon du pape ; toutefois, Henri IV est parvenu à imposer un autre pape par la force et Grégoire VII est mort en exil en 1085.
Fondation d’abbayes et réformes en faveur des démunis et des infirmes
La population a connu un essor démographique important à partir de 1100. L’époque médiévale était marquée par trois ordres hiérarchisés du modèle de société « voulue par Dieu » : au sommet, les oratores (qui prient), puis les bellatores (qui combattent), et les labores (qui travaillent). La réforme de l’Eglise a mis en avant l’hospitalité envers les pauvres et les infirmes. L’abbaye de Cluny a été fondée en 909, l’abbaye de Citeaux, en 1098. La torture a été interdite, ainsi que les combats, tout d’abord le dimanche, puis 300 jours par an, ce qui était difficile à respecter, d’où la théorie de la « guerre juste ». Le concept de purgatoire a remplacé la dualité « enfer-paradis », ce qui apportait une espérance nouvelle aux chrétiens. En 1215, la pénitence publique a été remplacée par la confession auriculaire (l’aveu des péchés à l’oreille du prêtre).
Extensions chrétiennes, découverte de l’Amérique et de la route des Indes
L’année 1492 a marqué la fin de la Reconquista espagnole. L’invasion de L’Espagne par les Maures d’Afrique du Nord, qui avait débuté en 711, s’est achevée avec la prise de Grenade par les rois catholiques. Au cours de l’année 1492, Christophe Colomb a découvert l’Amérique et en 1498, Vasco de Gamma, un portugais, a été le premier européen à trouver la route de l’Inde en contournant l’Afrique. Dès 1492, le pape Alexandre VI avait publié la bulle Inter Caetera décrétant que les terres du « Nouveau Monde » découvertes seraient partagées entre l’Espagne et le Portugal. L’évangélisation de ces peuples s’est pratiquée de deux façons : par la manière forte ou à l’initiative des missionnaires. Certains philosophes estimaient que ces populations étaient inférieures aux hommes européens ; lors de la controverse de Valladolid, en 1550, Las Casas, évêque de Chiapas, a décrété que « toute la race des hommes est une ».
Développement de la renaissance et du protestantisme
Au début du XVIème siècle, lorsque l’humanisme a commencé à se développer, la papauté a perdu de son prestige et de sa crédibilité.
En 1520, le moine allemand Martin Luther (1546) a brûlé la bulle (lettre) du pape, qui l’a excommunié. Luther a rédigé 95 thèses contre la « vertu des indulgences », censées remettre la peine de certains péchés et qui étaient vendues dans le but de reconstruire la cathédrale Saint Pierre de Rome. Luther et Ulrich Zwingli, un réformateur protestant suisse, rejetaient la transsubstantiation catholique. Jean Calvin, un théologien protestant et réformateur français, s’est réfugié à Genève en 1541, jusqu’à son décès en 1564. La réforme protestante avait pour mot d’ordre : « Dieu seul, l’Ecriture seule, la grâce seule ». En réponse au protestantisme, le Concile de Trente, convoqué par le pape Paul III en 1542, a réaffirmé les sept sacrements ; le culte de la Vierge Marie est devenu légitime et un catéchisme a été élaboré pour les fidèles.
L’Empire chrétien d’Orient divisé en deux zones géographiques
Pendant la période du XVIème au XVIIIème siècle, les églises de l’Empire d’Orient ont été divisées en deux zones géographiques : au Sud, les Balkans, qui, après la chute de Constantinople en 1453, sont devenus territoire ottoman, avec l’Islam comme religion officielle. Les chrétiens orthodoxes ainsi que les juifs avaient la possibilité d’exercer leur religion mais devaient payer un impôt très lourd. L’empire ottoman était organisé sur le principe des « milliyet », qui étaient en réalité des communautés religieuses. La Russie a proclamé son autocéphalie en 1448 et un patriarcat a été instauré en 1589. Moscou est devenue la capitale du plus puissant état indépendant orthodoxe ; s’attribuant le titre de « 3ème Rome », elle se donnait pour mission de protéger les traditions de la foi orthodoxe, justifiant le pouvoir absolu du souverain et le rôle prépondérant des patriarches russes en tant que gardiens de la foi orthodoxe. Nikon, qui est devenu patriarche en 1652, a entrepris des réformes ecclésiastiques ; il a modifié notamment le signe de croix, qui sera désormais fait à trois doigts au lieu de deux, pour exprimer la double nature du Christ et la Trinité.
Seconde moitié du XVIème siècle et guerres de religion
En 1555, la « Paix d’Augsbourg » est un accord qui a été signé par les luthériens et les catholiques, qui donnait le droit d’être luthérien. Les deux tiers des allemands et les scandinaves ont adhéré à la doctrine luthérienne tandis que les protestants français, hollandais et suisses ont été influencés par Calvin et Zwingli. Le catholicisme anglican s’est protestantisé et a été influencé par la doctrine de Calvin. En Angleterre, la reine Elizabeth 1ère a instauré l’anglicano-protestantisme, caractérisé par un calvinisme tempéré. De violents conflits ont opposé les catholiques aux protestants pendant la seconde moitié du XVIème siècle et c’est dans la nuit du 23 au 24 août 1572, à Paris, qu’a eu lieu le massacre de la Saint Barthélémy, au cours duquel des milliers de protestants (appelés les « huguenots »), ont été massacrés ; ce conflit, qui s’est étendu dans différentes villes de France pendant plusieurs mois, est évoqué en tant que « saison de la Saint Barthélémy ».
Le christianisme en Asie et en Amérique du Nord
En 1582, les jésuites sont arrivés en Chine et au Japon. Le Japon est resté fermé au christianisme, redoutant une colonisation comme celle qui s’était produite en Amérique du Sud ; en revanche, la diffusion du catholicisme a été autorisée dans l’Empire chinois. Malgré la condamnation des rites chinois par le pape Benoît XIV, les jésuites ont fait connaître la civilisation chinoise et la doctrine de Confucius en Occident et elle a été une source d’inspiration pour les philosophes des Lumières, dans leur mouvement de contestation de l’universalisme du catholicisme. En 1620, les puritains anglais, appelés « Pères Pélerins » du Mayflower, à leur arrivée en Amérique du Nord (Nouvelle Angleterre), ont adopté le modèle congrégationnaliste pour l’organisation de leurs communautés.
Expansion du christianisme, des découvertes scientifiques sont condamnées
La France est devenue un grand pays missionnaire catholique au XVIIème siècle ; Jean-Jacques Olier et Vincent de Paul ont été des figures marquantes à l’origine de l’expansion du catholicisme français. Les protestants entendaient donner la bible au peuple et prônaient la réussite professionnelle, que chacun peut accomplir, indépendamment de sa « bonne naissance féodale ». Les protestants considéraient la réussite comme le signe d’une prédestination au salut. Le mathématicien, physicien et astronome Galilée, qui préférait les thèses de Copernic sur l’héliocentrisme à celles du grec Ptolémée affirmant que la terre était le centre de l’univers, a été contraint de renoncer à sa théorie, condamnée en 1616 par Rome ; de nombreux savants et penseurs de cette époque cherchaient à s’affranchir du pouvoir religieux.
Querelle janséniste, destruction de Port Royal et révocation de l’édit de Nantes
Le jansénisme, issu du catholicisme, était un mouvement spirituel et religieux très influent, qui se rapprochait du calvinisme. Il critiquait la corruption de l’Eglise et l’absence de morale du Cardinal de Richelieu. La révocation de l’édit de Nantes a mis un terme à la liberté de culte octroyée aux protestants en France, ce qui a provoqué des soulèvements au sein de la population paysanne protestante dans les Cévennes et le Bas-Languedoc. Des conversions forcées au catholicisme ont été pratiquées pendant la guerre des Camisards, ou guerre des Cévennes, qui s’est déroulée de 1702 à 1711, sous le règne de Louis XIV. L’abbaye de Port Royal (près de Paris), d’abord simple abbaye cistercienne fondée en 1204, qui était devenue le symbole de la controverse janséniste opposant les partisans de la Réforme au pouvoir en place, a été détruite en 1710, sur ordre du Conseil d’Etat. Louis XV a repris la législation antiprotestante de Louis XIV après le décès de ce dernier en 1723.
Les philosophes des Lumières s’élèvent contre la persécution des protestants
Les persécutions des protestants perdureront au cours du XVIIème siècle et donneront lieu à des mouvements de protestations de la part des philosophes des Lumières, dont Voltaire (1694-1778), l’un des plus célèbres, qui qualifiait le pouvoir clérical d’infâme et de fanatique. Voltaire (François-Marie Arouet), luttait contre la persécution des protestants et des adeptes d’autres religions, victimes du fanatisme religieux ; il prônait la tolérance vis-à-vis de toutes les religions et il a été l’un des fondateurs du concept de laïcité. La franc-maçonnerie a été créée en Angleterre entre 1719 et 1723 par le pasteur Anderson afin de propager une religion naturelle ; elle a été condamnée par le pape en 1751.
Le christianisme sous la Révolution et la Déclaration des droits de l’homme
Les révolutions américaine et française ont abouti à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et à la proclamation des droits de l’homme. Le 4 juillet 1776, la Déclaration d’Indépendance américaine affirme que les êtres humains sont « dotés par leur Créateur de droits inaliénables » ; le caractère sacré des droits de l’homme provient du fait que Dieu en est l’auteur. En ce qui concerne la Déclaration française des droits de l’Homme de 1789, Dieu la cautionne mais n’en est pas l’auteur. Après 1789, deux églises catholiques s’opposent en France : l’Eglise Constitutionnelle de l’abbé Grégoire, à laquelle le Pape Pie VI s’opposera, est formée à la suite de la Constitution Civile du clergé (1790) qui soumet l’Eglise catholique au pouvoir civil. L’Eglise réfractaire, liée à Rome et au Pape, est composée de prêtres qui ont refusé de prêter serment, qui sont persécutés et sont obligés de se cacher ou de quitter la France.
Fin de la division du catholicisme français et séparation de l’Eglise et de l’Etat
La séparation de l’Église et de l’État a lieu entre 1795 et 1801. Napoléon Bonaparte met un terme à la division du catholicisme et instaure le pluralisme religieux en France. En 1804 est créé le Code civil, qui va s’exporter. Après l’annexion de Rome et la détention du pape en 1809, grâce à la Sainte Alliance de 1815, le Pape récupère ses états pontificaux. La papauté devient un allié de l’Europe monarchique et conservatrice contre le libéralisme et le mouvement des nationalités, à une époque marquée par l’instabilité des régimes politiques en France. Au milieu du XIXème siècle, la liturgie romaine s’impose au détriment des liturgies locales ; les apparitions mariales de La Salette en 1846 et en 1848 à Lourdes favoriseront l’essor d’une piété populaire et le dogme de l’Immaculée Conception sera proclamé en 1854.
Essor du mouvement évangélique protestant en Angleterre
En Grande Bretagne s’est développé un courant qui rassemblait les protestants non conformistes et les méthodistes. Aux excès de la Révolution française s’opposait le conservatisme de la société et de l’Église d’Angleterre. John Wesley, un théologien et évangélisateur anglais, a initié un mouvement de réveil au sein de l’Église d’Angleterre ; pasteur anglican, il a été le fondateur du méthodisme en 1729 ; il s’agit d’un courant du protestantisme issu d’un schisme avec l’Église anglicane, qui contestait l’esclavage. William Wilberforce, homme politique et philanthrope britannique, a été l’un des meneurs du mouvement abolitionniste, il s’est converti à l’anglicanisme évangélique et il était un réformateur convaincu. Wesley et Wilberforce ont contribué à la diffusion des idées abolitionnistes en Angleterre. Au cours de la première moitié du XIXème siècle, des lois ont été votées contre l’esclavage ; en 1807, la « Slave Trade Act » a aboli la traite des noirs et la « slavery Abolition Act », votée en 1833, a mis fin à l’esclavage. Vers 1850, les évangéliques constituaient le tiers du clergé anglican. Les évangéliques ont créé la Société Biblique, se sont engagés dans des réformes sociales et ont contribué à la diffusion de la Bible dans le monde.
Renouveau de l’Église orthodoxe et émergence de différents courants
Le renouveau de l’orthodoxie a contribué à la parution d’une anthologie de textes spirituels, la « Philocalie » (amour de la beauté, 1782) des pères neptiques, révélée au monde occidental par « Les récits d’un pèlerin russe ». Cette encyclopédie de l’adoration influencera la piété de toute l’orthodoxie jusqu’à nos jours. Dans l’Empire russe, une « théologie polémique » donnera naissance à une théologie comparée enseignée dans les académies écclésiastiques de Saint-Pétersbourg et de Moscou qui, à partir de 1830, s’est divisée en trois courants : 1) occidentaliste ; 2) slavophile ; 3) une minorité convertie au catholicisme. L’autocéphalie de l’Église de Grèce, proclamée en 1833, a été reconnue par le patriarche de Constantinople en 1850. L’autocéphalie de l’Eglise bulgare a donné lieu à une crise qui a duré un siècle (de 1860 à 1961).
Laïcisation, athéisme et darwinisme au XIXème siècle
Un processus de sécularisation et de laïcisation s’effectue en Europe et dans les Amériques, parallèlement au développement de l’industrie, de l’urbanisation et de la rationalité administrative. Le concept d’athéisme se répand avec des philosophes tels que Feuerbach, Comte, Marx, Nietzsche et le « darwinisme social ». La parution de « De l’origine des espèces », de Darwin, en 1859, a fait vaciller l’Église et décrédibilisé certains textes bibliques ; en réponse à Darwin, le théologien protestant anglais Henry Drummond, dans « L’ascension de l’homme », affirmera l’existence d’une humanité supérieure voulue par Dieu qui résulte de l’évolution. Les domaines politique et juridique sont concernés par la laïcisation et l’école devient affaire d’État. La séparation de l’Église et de l’État a lieu en 1905, en France et en 1907, à Genève. La France devient un grand pays missionnaire catholique, en témoignent la fondation d’hôpitaux, d’écoles, d’imprimeries. Les protestants traduisent la bible en langues vernaculaires et la diffusent à travers le monde. Le christianisme s’implante dans de nombreuses régions d’Afrique et d’Asie.
Anticléricalisme, guerres et expansion du communisme au XXème siècle
La séparation Église-État a amorcé un tournant libéral et des manifestations anticléricales ont émergé dans des pays comme la France, l’Allemagne et ceux d’Amérique latine. La guerre civile espagnole (1936-1939) a donné lieu à des violences et des persécutions contre les prêtres et les religieux. Des associations ont été créées en réponse à la laïcisation, telles que la « Young Men’s Christian Association » ou la « Fédération Universelle des étudiants chrétiens », le scoutisme (1907), « Action catholique ». Le pape Léon XIII a rejeté le socialisme et condamné le libéralisme économique. Une minorité de protestants était en faveur d’un « socialisme chrétien ». Pendant la Grande Guerre, de nombreux chrétiens arméniens ont été massacrés et le communisme a été instauré en Russie. ; des dizaines de milliers de chrétiens ont été persécutés ou déportés et l’Église orthodoxe est devenue acquise au régime communiste ; elle a été supprimée pendant la seconde guerre mondiale et de nombreux chrétiens ont été contraints à l’exil.
L’Église face au totalitarisme des régimes fasciste et nazi
Le 11 février 1929, la Cité du Vatican a été reconnue en tant qu’État souverain le plus petit du monde, lors des accords du Latran, signés avec le gouvernement fasciste de Mussolini, qui a reconnu le catholicisme comme seule religion d’état. l’Église catholique, qui redoutait l’expansion du communisme, soutenait des régimes autoritaires, comme ceux du général Francisco Franco, en Espagne, ou de Antonio de Oliveira Salazar, au Portugal. Dans les années précédant la seconde guerre mondiale, le pape Pie II a mené une politique active de signature de concordats avec les différents régimes totalitaires, fascistes, socialistes ou démocratiques en place ; son but était de préserver les institutions de l’Église et les catholiques. En 1937, Pie XI a toutefois condamné le racisme et l’antisémitisme : « Nous chrétiens, nous sommes spirituellement des sémites », a affirmé Pie XI, cette même année.
Les prêtres-ouvriers favorisent les liens entre le clergé et les travailleurs
Entre les deux guerres, des mouvements tels que « Jeunesse Ouvrière Chrétienne » et « Action Catholique » ont pris de l’ampleur, les valeurs de fraternité et de partage sont mises en avant. En 1942, Jacques Loew, un prêtre dominicain français, est devenu le premier « prêtre ouvrier » ; il travaillait en tant que docker, à Marseille et d’autres membres du clergé ont suivi son exemple ; ces prêtres ont été qualifiés plus tard de « prêtres au travail ». La solidarité de ces prêtres envers leurs collègues proches du parti communiste et du syndicalisme a fini par susciter la méfiance du milieu patronal de l’époque, qui redoutait le communisme et les actions syndicales susceptibles d’être entreprises à leur encontre. Les actions de ces prêtres ont été dénoncées par le patronat auprès du pape Pie XII, ce qui a entraîné la condamnation de ce mouvement par le Saint-Siège. En 1954, le pape a interdit le travail en usine ainsi que tout engagement syndical. La moitié des prêtres s’y est opposée, ce qui a provoqué une crise, puis l’arrêt complet de leurs activités. Le mouvement des « prêtres au travail » a de nouveau été autorisé par le pape Paul VI, après le Concile Vatican II, en 1965.
L’œcuménisme pour favoriser l’union entre les différentes Églises
Le mouvement œcuménique a émergé dès le XIXème siècle, avec l’Alliance évangélique, constituée à Londres en 1846, afin de favoriser le rapprochement des Églises issues de la Réforme ; le terme « œcuménisme » désigne le dialogue entre les confessions chrétiennes et la recherche de l’unité. La conférence des sociétés de missions protestantes à Edimbourg, en 1910, a marqué le début de l’œcuménisme intra-confessionnel ; cette conférence a donné naissance à deux mouvements : « christianisme pratique » (« Life and Work », en anglais) et « Foi et Constitution » (« Faith and Order ») Les premières conférences œcuméniques se sont tenues à Stockholm et Lausanne en 1925 et 1927. En 1948 s’est déroulé, à Amsterdam, le Conseil œcuménique des Églises (« World Council of Churches »), retardé par la seconde guerre mondiale et par les catholiques, afin d’unir les deux mouvements œcuméniques. L’Église orthodoxe russe a adhéré au Conseil Œcuménique lors de l’Assemblée plénière de 1961, à New Delhi. Dans les années 1960, le dialogue s’est rétabli entre les catholiques et les orthodoxes.
Le Concile Vatican II : changements et ouverture sur le monde
Le 2ème concile du Vatican a été ouvert à l’initiative du pape Jean XXIII le 11 octobre 1962 et s’est achevé sous le pontificat de Paul VI le 8 décembre 1965. De ce concile ont résulté la rénovation et la simplification des rites, la célébration des messes en langues vernaculaires, avec abandon presque total du latin (les messes en latin seront de nouveau autorisées par Benoit XVI en 2007), l’affirmation de l’égalité des peuples de Dieu, la liberté religieuse. L’Index (index librorum prohibitum), le catalogue des livres jugés hérétiques ou immoraux par le Saint Siège, qui avait été établi en 1563 lors du concile de Trente, a été supprimé en 1966. Le 25 juillet 1968, peu de temps après les événements de mai 1968, le pape Paul VI a promulgué l’encyclique « Humanae Vitae », dans laquelle il s’oppose aux méthodes artificielles de contraception, ce qui a été mal accueilli par l’opinion publique. Plus tard, les papes Jean-Paul II et Benoit XVI se sont opposés à l’avortement, qui leur semblait contrevenir à la morale naturelle. Les protestants ont été plus tolérants dans ce domaine et l’avortement a été beaucoup mieux accepté au sein de cette communauté, lorsqu’il s’agissait d’un moindre mal.
Le christianisme dans nos sociétés contemporaines du XXIème siècle
Le christianisme demeure aujourd’hui la première religion mondiale, avec 2 milliards de chrétiens. Le pape est la figure centrale du catholicisme tandis que le protestantisme se décline en de multiples Églises et dénominations. L’orthodoxie se caractérise, quant à elle, par des communions d’Églises ; les Églises autocéphales et nationales sont minoritaires. Le christianisme est désormais minoritaire dans la région où il a pris naissance, c’est à dire au Proche Orient. Des exceptions subsistent toutefois, comme l’Arménie, le Liban (l’Église maronite), l’Égypte (l’Église copte). Il y une petite minorité de chrétiens en Syrie, en Irak et en Iran. Le christianisme tend à disparaître en Israël-Palestine (28% de chrétiens en 1948 contre 2% en 2007). L’Europe ne compte plus qu’un quart des chrétiens et les États-Unis sont devenus la principale terre chrétienne. Le christianisme est majoritaire en Amérique du Sud, qui reste en grande partie catholique et il est minoritaire en Asie (environ 4% de la population) ; une grande partie de l’Afrique est chrétienne (Afrique subsaharienne, équatoriale, orientale, australe).

