Le polythéisme antique : vénération de la nature et du soleil

Des rituels et des offrandes dédiées aux nombreux dieux

Des prières et des invocations de faisaient à voix haute, avec des formules précises et elles étaient accompagnées de gestes rituels (bras levés, têtes voilées, prosternations) et adressées à un dieu précis pour une cause précise. Des offrandes étaient dédiées aux dieux ; il pouvait s’agir d’offrandes animales, comme des fleurs, des fruits de l’huile, du vin, ou animales (agneaux, taureaux, porcs…). Le sacrifice n’était pas vu comme une souffrance mais comme un acte de communion sacrée. Des rituels quotidiens étaient pratiqués dans les temples (fêtes, allumer le feu sacré, encens, pour la vénération des statues des dieux).

Des fêtes religieuses calendaires et locales

Ces fêtes étaient essentielles dans les cultes polythéistes du bassin méditerranéen. Elles rythmaient la vie collective, marquaient les saisons, honoraient les dieux et réactualisaient les mythes fondateurs à travers les rites, jeux, processions, sacrifices, danses et représentations théâtrales. Elles étaient souvent liées à la fertilité, au temps agricole, à la royauté sacrée ou à des rites de passage.

En Égypte : des fêtes solaires, nilotiques et royales

La religion égyptienne est profondément liée aux cycles naturels (Nil, soleil, saisons), à l’ordre cosmique (la Maât) et au culte du pharaon.

La fête de l’inondation du Nil (Akhet), entre mi-juillet et septmbre, pour remercier le Nil de fertiliser les terres, symbolise la régénération et la renaissance annuelle.

La fête d’Opet (Thèbes), fin été/automne, durant laquelle la statue du dieu Amon est transportée en barque entre Karnak et louxor ; elle symbolise le renouvellement du pouvoir royal, l’union entre Amon (divinité) et le pharaon (humain).

La fête d’Osiris (Abydos), en automne, autour de la crue du Nil, est une reconstitution dramatique de la mort et de la résurrection d’Osiris. Elle symbolise la victoire sur la mort, la fertilité, le cycle éternel.

Dans la Grèce antique : des fêtes civiques et mystériques

Les Panathénées (Athènes), fin juillet, en honneur de la déesse Athéna, de grandes processions sont organisées, des concours sportifs ainsi que le tissage d’un peplos ; ces festivités symbolisent la glorification d’Athènes, le renouvellement de la protection divine.

-Les Dionysies (Athènes), en honneur du dieu Dionysos, organisation de représentations théâtrales et de processions phalliques, cette fête symbolise l’inversion des normes, l’accès à l’ivresse sacrée.

Les Thesmophories, en octobre, après les semailles, les Déméter et Perséphone sont honorées ; les rites sont le jeûne, les retraites, des dépôts symboliques dans des fosses. Elles symbolisent la fertilité, le mystère de la vie et de la mort, le cycle mère-fille.

Les mystères d’Éleusis, en septembre-octobre, en l’honneur de Démeter et Perséphone ; elles se caractérisent par des initiations secrètes, le jeûne, des marches nocturnes, la révélation du grain sacré ; ce culte a pour but la renaissance intérieure, le passage de l’ombre à la lumière, la promesse d’une vie après la mort.

Dans la Rome antique : un cycle religieux civique et impérial

Rome reprend et transforme de nombreuses fêtes grecques et étrusques. Le culte est public, légal, codifié et lié à l’empire et au devoir civique.

Les Saturnales, du 17 au 23 décembre, en honneur du dieu Saturne, au cours desquelles des repas festifs sont organisés ; lors de ces festivités, il y a une inversion des rôles sociaux (maître-esclaves) et une suspension des lois.

Les Floralia, fin avril début mai, honorent la déesse Flore ; des jeux floraux, des danses et festivités populaires sont organisés ; elles symbolisent le printemps, la fécondité, la joie des sens.

Les Céréalies, en avril, célèbrent Cérès (la Démeter romaine), donne lieu à des courses, des offrandes de grains, des libations ; elles symbolisent la gratitude pour les moissons, le cycle agraire.

Les Lupercales, le 15 février, en l’honneur du dieu Lupercus (dieu des bergers, lié à Pan) ; les rites liés à cette fête sont les sacrifices de chèvre, les fouets purificateurs, la bénédiction de la fécondité. Elles symbolisent la purification, le renouveau, la fertilité.

Des pratiques individuelles ou familiales

Dans ces religions polythéistes antique du bassin méditerranéen, il existait, au-delà des grands cultes publics, tout un ensemble de pratiques individuelles et familiales. Ces gestes, rituels et cultes domestiques permettaient aux gens ordinaires de vivre en relation avec le divin au quotidien dans leur maison, leurs corps et leurs activités. Ce culte domestique était souvent plus intime, protecteur, concret et touchait à la santé, la fertilité, la prospérité, les transitions de vie, la mort.

Le culte domestique pour faire entrer le sacré dans les maisons

Chaque foyer avait des divinités protectrices, objets rituels et gestes quotidiens ; par exemple, à Rome, les Lares étaient les esprits des ancêtres protecteurs du foyer, les Pénates correspondaient aux dieux des provisions et du garde-manger, Vesta (Hestia en Grèce) était la déesse du feu sacré domestique. En Grèce, Hermès protégeait l’entrée de la maison, Hestia était honorée au foyer pour l’unité familiale. En Égypte, les amulettes étaient très courantes : l’œil oudjat, le scarabée, la croix de Ankh, le chat, la figure de Bès ; elles étaient placées dans la maison ou portées sur soi ou données aux enfants. Des textes magiques étaient accrochés ou récités pour éloigner les maladies, les serpents ou les mauvais esprits. Les grecs et les romains avaient recours à des objets apotropaïques (pour chasser le mal) : des yeux, des phallus sculptés, des statuettes. Ils utilisaient également des petites formules écrites, des prières ou malédictions, parfois enterrées et des « charms » (porte-bonheur) personnels pour l’amour, la chance, la santé. Ils pratiquaient aussi des rites de passage familiaux, lors des grands moments de la vie, comme la naissance, la mariage, la mort : offrandes, petits autels domestiques, invocation des déesse protectrices, cérémonies, lavage et onction du corps…

La divination, les oracles et la magie

Ils étaient très répandus dans toutes les cultures et dans les civilisations antiques du bassin méditerranéen, ces pratiques formaient un ensemble de pratiques destinées à interpréter les signes du divin, agir sur le monde invisible et répondre à l’incertitude humaine. Elles étaient institutionnalisées (oracles, temples) et populaires (magie privée, divination domestique) et reflètent une vision du monde dans laquelle le visible et l’invisible sont constamment en lien.

Les oracles pour obtenir une réponse des dieux

L’oracle est une réponse divine transmise par un intermédiaire humain ou un signe naturel. Les plus célèbres oracles étaient associés à des sanctuaires, par exemple, dans la Grèce antique, la Pythie était une prêtresse médiatrice de l’Oracle de Delphes, qui donnait des réponses souvent énigmatiques en état de transe. L’oracle de Dodone (Zeus) apportaient des réponses obtenues par l’écoute des feuilles de chêne ou le bruissement des chaudrons. Dans l’Égypte antique, des réponses provenaient des statues des dieux, dans les temples. Rome accordait une grande place à la divination officielle, à travers les auspices (observation du vol des oiseaux), les haruspices (lecture des entrailles d’animaux sacrifiés) et les Sibylles (des prophétesses inspirées, dont les livres sibyllins étaient consultés par le Sénat en cas de crises.

La magie pour agir sur l’invisible

La magie antique était une pratique populaire, souvent marginale, mais largement répandue, utilisée pour influencer le destin, se protéger, guérir ou nuire. Différents types de magie étaient pratiqués. La magie amoureuse incluait des philtres, charmes et envoûtements, la magie protectrice utilisait des amulettes, des formules, des incantations contre les maladies, les esprits ou le mauvais œil. La magie noire avait recours à des tablettes de malédiction (defixiones), enfouies dans des tombes, des puits, pour lier un rival ou détruire un ennemi ; la magie égyptienne était liée aux hiéroglyphes, à la parole créatrice, aux formules magiques, perçues comme puissantes et savantes. En Grèce, Hécate était considérée comme la déesse de la magie ; Isis, en Égypte, était la déesse-mère, guérisseuse, très populaire dans la magie protectrice.

La divination pour lire les signes du monde

La divination se base sur l’idée que le divin s’exprime à travers des signes : naturels, corporels, astrologiques, oniriques… Il existait différents types de divination : naturelle, par la lecture du vol des oiseaux (augures), la clairvoyance météorologique (éclairs, tonnerres, tremblements de terre), l’astrologie (lecture du ciel pour comprendre le destin humain : Égypte, Mésopotamie, Grèce) ; la divination sacrificielle, appelée haruspicine, était la lecture d’entrailles d’animaux, en particulier du foie ; l’oniromancie, qui est l’interprétation des rêves,  était très répandue dans le monde antique, car les rêves étaient vus comme un lieu de communication avec le divin ou les morts. Certains oracles ou magiciens entraient dans des états modifiés de conscience, par des jeûnes, des chants répétitifs et des danses tournoyantes et utilisaient aussi des substances végétales psychoactives, afin de créer une mise en scène rituelle du contact avec les dieux ou avec les morts. De nombreux papyri (pluriel de « papyrus) ainsi que des tablettes avec des formules magiques, invocations, sceaux alphabets sacrés ont été retrouvés, souvent en grec, latin, copte ou démotique. Quelques exemples : les Papyri Grecs Magiques, les livres sibyllins, à Rome et les textes d’Hermès Trismégiste, à mi-chemin entre magie, philosophie et mystique.

Le rôle des prêtres et des prêtresses dans ces rites

Le rôle des prêtres et prêtresses dans les religions polythéistes antiques du bassin méditerranéen était central, mais très différents de celui des clergés monothéistes ultérieurs. Ils représentaient des médiateurs entre les hommes et les dieux, chargés de maintenir l’équilibre rituel, cosmique et civique. Ils étaient les gardiens de l’ordre rituel, les médiateurs entre l’humain et le divin, ils interprétaient les signes, étaient responsables des temples et du culte ; ils étaient également les maîtres des sacrifices et avaient un rôle civique et royal en étant de acteurs politiques (par exemple, à Rome ou en Égypte). En Égypte, par exemple, les prêtres formaient une classe hiérarchisée et instruite, très influente et étaient souvent issus de l’élite ; ils maîtrisaient l’écriture hiéroglyphique, la médecine, l’astronomie, les textes sacrés. Le roi/pharaon était considéré comme le grand prêtre suprême, intermédiaire entre Maat (l’ordre cosmique) et les hommes. Le corps du prêtre ou de la prêtresse était considéré comme un instrument sacré, un canal du divin et su symbole de cohésion.

L’ensemble de ces rituels prières, offrandes, fêtes, oracles avait pour fonction de maintenir l’harmonie entre les hommes et les dieux. Le respect des rites était essentiel et les hommes pensaient que le fait de mal honorer un dieu pouvait provoquer sa colère. Le polythéisme antique n’est donc pas une simple croyance dans « plusieurs dieux », c’est une manière profondément symbolique et poétique de comprendre le monde. Il reflète la richesse, la diversité et la complexité de l’expérience humaine.

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