Né au cœur du judaïsme du Ier siècle, Jésus a été nourri par ses traditions et ses lois. Ses premiers disciples étaient juifs et les premières communautés se sont formées dans les synagogues. L’enseignement de jésus s’est toutefois démarqué par une lecture inédite de la Loi : il a mis en avant l’amour, la miséricorde et la justice intérieure. Cette approche, à la fois fidèle et novatrice, a bouleversé son époque et ouvert la voie au christianisme.
Jésus était juif de naissance, de culture et de religion
Jésus est né à Bethléem et a grandi à Nazareth, dans une famille juive. Il observait la loi de Moïse : la circoncision, les fêtes juives (comme la Pâque), les prières quotidiennes. Il fréquentait le Temple de Jérusalem et les synagogues pour enseigner et prier. Son enseignement s’inscrivait dans le cadre du judaïsme messianique. Jésus n’était donc pas seulement « un juif pratiquant », il était entièrement immergé dans la culture et la religion juive et le christianisme naît directement de ce contexte.
Les enseignements de Jésus reflétaient le judaïsme de son époque
Jésus respectait les commandements de Moïse ; il enseignait souvent dans les synagogues, commentant et interprétant la Torah pour guider les fidèles. Il vivait pleinement la Loi et en expliquait l’esprit (par exemple, aimer son prochain, la miséricorde, la justice). Il célébrait les grandes fêtes juives : Pâque, Pentecôte, Tabernacles. La Pâque était particulièrement importante et c’est lors de cette fête qu’il institua l’Eucharistie (le repas du Seigneur), en lien avec le repas rituel juif. Jésus se rendait régulièrement au Temple de Jérusalem, pour prier et enseigner. Il pratiquait la prière quotidienne et enseignait à ses disciples des prières comme le Notre Père, inspirée des prières juives. Il parlait du Royaume de Dieu, concept hérité des prophètes juifs. Il se présentait comme le Messie attendu par Israël, celui qui accomplissait les Écritures. Ses paraboles et ses enseignements étaient ancrés dans la culture juive : agriculture, pasteur, famille, fêtes, lois.
Jésus fait prévaloir l’esprit de la Loi sur la lettre stricte
Jésus s’est démarqué des lois de la religion juive de son époque, non pas en les rejetant complètement, mais en, proposant une interprétation sur l’esprit de la Loi plutôt que sa lettre stricte. La religion juive de l’époque mettait un fort accent sur l’observance rigoureuse des commandements et rituels (lois alimentaires, sabbat, sacrifices, pureté rituelle). Jésus, lui, insistait sur l’amour de Dieu et du prochain comme principe fondamental : il disait que toute la loi et les prophètes se résument à cela. Jésus critiquait les pharisiens parce qu’ils respectaient la Loi dans tous ses détails mais ils négligeaient la justice, la miséricorde et la foi.
Des transgressions et de nouvelles interprétations de la Loi
Jésus guérissait et permettait des actions bénéfiques même les jours de sabbat, montrant que le bien et la miséricorde prime sur la rigidité rituelle. « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » dit-il dans l’Évangile de Marc. Jésus parlait et mangeait avec des pécheurs et des personnes marginalisées, ce qui choquait les religieux. Dans la religion juive de l’époque, certaines personnes étaient exclues ou considérées impures. Jésus mettait en avant l’inclusion et la compassion ; il s’exprimait avec une autorité personnelle : « Vous avez entendu…mais moi je vous dis… ». Cela montrait qu’il n’était pas seulement un interprète de la Loi, mais qu’il révélait ce qu’il considérait comme sa vraie intention divine, centrée sur le cœur et la conscience plutôt que sur les règles formelles. Il a transmis également une nouvelle interprétation de la pureté : les lois juives mettaient l’accent sur la pureté rituelle, mais Jésus disait que ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le rend impur, mais ce qui sort de son cœur (pensées, actions, intentions mauvaises). Ces déclarations déplacent l’accent de l’extérieur (rites) vers l’intérieur (moralité et intentions).
Les disciples et les premières communautés
Les disciples de Jésus étaient tous juifs et ils ont formé les premières communautés juives-chrétiennes. Après la mort de Jésus, ils ont continué à prier, à lire les écritures hébraïques et à observer certaines traditions, formant les premières communautés juives-chrétiennes. Les apôtres ont commencé alors à prêcher à Jérusalem et dans toute la Judée. Ces communautés continuaient à observer la loi juive (circoncision, fêtes, repas kasher) ; elles se réunissaient souvent dans des maisons juives ou dans le Temple pour prier et enseigner. On parlait alors de la « secte du Nazaréen », un mouvement juif croyant en Jésus comme Messie.
La première mission des apôtres : proclamer la résurrection de Jésus
La première mission des apôtres était de proclamer que Jésus est vivant. Ils témoignaient auprès de la communauté et de leurs proches, donnant des preuves et récits des apparitions ; cela renforçait la foi des premières communautés et attirait de nouveaux disciples. Ils organisaient des réunions de prière et d’enseignement dans les maisons ou salles hautes. Ils guidaient la vie communautaire : partage des biens, soutien aux veuves et aux pauvres, maintien de l’unité. Ils enseignaient les commandements de Jésus et interprétaient les Écritures hébraïques à la lumière de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. Ils formaient des leaders locaux (anciens, presbytres) pour assurer la continuité des communautés. Les apôtres, tels que Pierre, Paul, Jean et Jacques partaient en voyages missionnaires pour fonder de nouvelles communautés. Beaucoup d’apôtres ont fini martyrs, témoignant de leur foi jusqu’à la mort. Leur courage a renforcé l’attrait et la crédibilité du christianisme dans tout l’Empire et leur action a permis au christianisme de passer d’une secte juive à une religion universelle.
Une mission universelle après la résurrection
Dans les Évangiles, Jésus a dit à ses disciples : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu). Ses prédications et miracles étaient donc d’abord pour les juifs, pour leur annoncer que le royaume de Dieu arrivait. Il a également préparé ses disciples à aller au-delà d’Israël ; dans plusieurs épisodes des Évangiles, il rencontre des non-juifs : la cananéenne, le centurion romain, le Samaritain. Il enseigne des principes universels : amour du prochain, pardon, miséricorde. Après sa résurrection, Jésus donne le mandat universel : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». (Matthieu). Ces paroles de Jésus marque le passage d’une mission centrée sur les juifs à une mission ouverte à tous les peuples, juifs et païens. Pierre, Paul et les autres ont appliqué le mandat. Pierre a commencé par prêcher aux juifs, puis aux païens comme Corneille (Actes). Paul est devenu le missionnaire des païens, fondant des communautés à Antioche, Éphèse, Corinthe, Rome.
La réaction du peuple : entre enthousiasme et déception
Les enseignements de Jésus ont suscité des réactions très contrastées à son époque. Ils touchaient profondément les foules mais dérangeaient aussi les autorités religieuses et politiques. Parmi le peuple, beaucoup voyaient en lui un prophète puissant ou même le Messie attendu. Ses paroles simples, ses paraboles accessibles et ses guérisons attiraient une grande multitude. Il était perçu comme porteur d’espérance pour les pauvres, les malades, les exclus. Toutefois, certains étaient aussi déçus car ils attendaient un Messie politique qui libérerait Israël de l’occupation romaine et non un maître spirituel prônant l’amour des ennemis.
Une menace pour les autorités religieuses
L’enseignement de Jésus était vu comme une menace car il remettait en cause l’autorité des pharisiens, des scribes et des sadducéens ainsi que leur interprétation de la Loi. Ils trouvaient inconcevable que Jésus puisse fréquenter des « pécheurs » et des personnes considérées comme « impures ». Les affirmations de Jésus, comme « Le Fils de l’homme est maître du sabbat », ou « Vos péchés sont pardonnés » étaient perçues comme blasphématoires, car il se plaçait au niveau de Dieu. Certains chefs religieux l’ont reconnu comme un maitre exceptionnel (par ex. Nicodème dans l’Évangile de Jean), mais la majorité voyait en lui un danger pour l’ordre établi.
Une cause de trouble de l’ordre public pour les autorités romaines
Au début, Rome ne se préoccupait pas vraiment de Jésus, puisqu’il n’appelait pas directement à la révolte. Mais l’enthousiasme populaire autour de lui pouvait être vu comme une menace d’agitation. Son exécution par crucifixion (châtiment romain réservé aux rebelles), montre que les autorités politiques, sous la pression des chefs religieux, ont fini par le considérer comme un fauteur de trouble de l’ordre public.
Des disciples à la fois confiants et déconcertés
Ses proches voyaient en lui le Messie et mettaient leur confiance en ses paroles, même quand elles étaient difficiles à comprendre. Mais ses enseignements étaient parfois déroutants : pardonner aux ennemis, accepter la souffrance, renoncer à la richesse… Lors de son arrestation, beaucoup l’ont abandonné par peur, preuve que son message était aussi difficile à suivre. Beaucoup de disciples étaient séduits par son autorité nouvelle et les miracles et les paraboles de Jésus nourrissaient leur foi. Certains espéraient que Jésus instaurerait un royaume terrestre et chasserait les Romains.
Incompréhension et désarroi face à certaines paroles de Jésus
Quand Jésus annonçait sa passion et sa mort, les disciples ne comprenaient pas : Pierre va jusqu’à le reprendre, dans l’Évangile de Marc. Le fait qu’il parle en paraboles suscite également des interrogations chez ses disciples : ils devaient souvent demander des explications. Les exigences radicales de jésus, comme le fait d’aimer ses ennemis, de renoncer à tout, paraissaient excessives aux apôtres. De plus, l’idée d’un Messie souffrant contredisait les attentes traditionnelles d’un Messie glorieux. Les disciples sont donc passés de l’attente d’un Messie politique à la découverte d’un Messie spirituel.
Transformation intérieure et transmission de la parole de Jésus
Lors de l’arrestation de Jésus, les apôtres, craignant pour leur vie, se sont enfuis et Pierre l’a renié trois fois, ce que Jésus avait prédit lors de leur denier repas. L’humanité des disciples, avec leurs failles, est apparue clairement dans les récits évangéliques. Après la résurrection de Jésus, ils ont compris la véritable portée de ses paroles et, de simples pécheurs effrayés, ils sont devenus des témoins courageux, prêts à donner leur vie pour transmettre son message.
En s’enracinant dans la tradition juive tout en lui offrant une interprétation nouvelle, Jésus a déplacé l’attention de l’observance stricte des lois vers la profondeur du cœur humain. Sa mise en avant de l’amour et de la miséricorde comme accomplissement ultime de la Loi a suscité à la fois fascination et rejet, mais elle demeure au centre du message chrétien. Son rapport à la Loi témoigne d’une vision spirituelle qui a transformé l’histoire religieuse et continue d’interroger croyants et chercheurs aujourd’hui.

