Les paraboles dans l’Évangile de Luc
Le semeur et le terrain
Un semeur sortit pour semer ; la semence était la même, mais elle tomba sur quatre types de terrain.
Une partie de la semence tomba le long du chemin et fut piétinée et mangée par des oiseaux.
Sur le sol pierreux, elle germa vite, mais elle sécha car elle n’avait pas de racines et manque d’humidité.
Dans les ronces, la semence poussa mais elle est étouffée.
Dans la bonne terre, elle porta du fruit au centuple.
Jésus précisa que la semence, c’était la parole de Dieu.
Chez Luc, cette parabole était très liée à la question de l’écoute. Il insistait beaucoup sur comment on entend, pas seulement sur ce qu’on entend.
« Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez », recommande Luc.
Les quatre terrains peuvent être vus comme des états de l’âme. Sur le chemin, la parole arrive, mais elle ne pénètre pas, il y a absence d’accueil, car le diable enlève la parole du cœur des hommes. Sur le sol pierreux, elle déclenche une joie immédiate, mais à la première épreuve, tout s’effondre, car c’est une foi de surface, souvent sincère, mais non incarnée. Dans les ronces, la parole pousse mais elle est étouffée par les soucis, la richesse, les plaisirs de la vie. La parole est trop concurrencée.
Cette parabole insiste sur le fait que c’est la fidélité dans le temps et la persévérance qui comptent.
La parabole du bon samaritain
Lorsqu’un docteur de la Loi demanda à Jésus ce qu’il devait faire pour avoir la vie éternelle, Jésus le renvoya à la Loi : aimer Dieu et aimer son prochain. Alors l’homme lui demanda « Et qui est mon prochain ? ». Jésus lui raconte alors cette histoire :
Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il fut attaqué par des brigands, dépouillé, battu, laissé à moitié mort au bord de la route. Trois personnes passèrent : un prêtre, qui le vit et passa de l’autre côté, un lévite (un homme du culte) : même chose, un Samaritain, qui, pris de compassion, s’arrêta, soigna ses blessures et le chargea sur sa monture pour le conduire à une auberge. Il paya pour qu’on prenne soin de lui. Jésus conclut par cette question :
« Lequel s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? ».
Réponse : « Celui qui a fait preuve de miséricorde envers lui. »
Et Jésus dit : « Va, et toi aussi, fais de même ».
Le Samaritain représente la compassion incarnée, l’amour qui prend des risques, celui qui agit avant de juger. Par cette histoire, Jésus nous fait comprendre que la question n’est plus : « Qui mérite mon amour ? » mais « De qui vais-je me faire le prochain ? », le prochain n’étant pas défini par la proximité sociale, morale ou religieuse, mais par un acte de compassion libre.
La graine de moutarde et le levain
Pour décrire le royaume de Dieu, Jésus dit qu’il est semblable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dans son jardin ; elle a poussé, est devenue un arbre, et les oiseux du ciel ont fait leur nid dans ses branches.
Puis, il ajouta : « Il est encore semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé ».
Lorsque Luc précise « une femme », c’est un détail essentiel, car cela signifie que le Royaume agit dans le quotidien, dans le geste humble, dans l’invisible du foyer. La disproportion entre la taille de la graine de moutarde et celle de l’arbre donne une image un peu exagérée et c’est volontaire de la part de Jésus. En fait, le royaume commence sans puissance visible, sans éclat, sans domination, ce qui est tout l’inverse des attentes messianiques de l’époque. Pourtant, peu à peu, ce qui est petit devient grand, ce qui est caché devient manifeste, c’est un processus, sans conquête ou choc brutal. Avec la graine de moutarde, le royaume est en germe ; il pousse dans l’ordinaire, dans le vivant, dans la terre travaillée patiemment ; il germe de l’intérieur. Ce royaume demande de la patience, du travail intérieur. Il va entraîner une transformation globale (« jusqu’à ce que toute la pâte ait levé »).

L’invitation au festin
Un jour, Jésus était à table chez un chef des pharisiens. Quelqu’un dit :
« Heureux celui qui prendra part au festin dans le Royaume de Dieu ! ». Jésus répondit par la parabole suivante :
Un homme organisa un dîner auquel il convia beaucoup de monde. Lorsque tout fut prêt, il envoya son serviteur prévenir les invités. Chacun trouva une excuse pour se désister. Alors, le maître envoya son serviteur chercher les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boîteux, afin que sa maison soit remplie.
Le festin représente en fait le Royaume, qui est présenté comme une fête, pas comme une loi ou une épreuve ; pourtant beaucoup n’en veulent pas. Mais tous les invités déclinent l’invitation car ils ont d’autres priorités. Les pauvres, les blessés, les exclus ne sont pas occupés et ne pensent pas être dignes d’entrer ou en avoir le droit et pourtant ce sont eux qui entrent.
Paraboles de la brebis et de la pièce perdues
Il est nécessaire de connaître le contexte pour pouvoir comprendre ces paraboles :
Les pharisiens et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes murmuraient :
« Cet homme accueille les pécheurs et mange avec eux ».
C’est à cette plainte que Jésus répond par trois paraboles successives :
-La brebis perdue
-La pièce perdue
-Le fils perdu
La brebis perdue
Un berger a cent brebis. Il en perd une. Jésus dit : « Il laisse les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue ».
Quand il la retrouve, il la met sur ses épaules, il se réjouit, il appelle ses amis.
« Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ».

La pièce perdue
Une femme a dix pièces et elle en perd une. Elle allume une lampe, balaie la maison, cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle la retrouve. Puis, elle appelle ses voisines pour se réjouir : « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit ». La valeur de la pièce, qu’elle soit perdue ou retrouvée, est inaltérable, ce qui signifie que l’être humain ne perd jamais sa dignité : même dans l’oubli, dans la chute, dans l’immobilité, il compte.
À travers ces paraboles, Jésus ne dit pas :
« Repentez-vous pour que Dieu vous aime »,
Mais :
« Dieu vous cherche parce que vous avez du prix ».
La parabole du fils perdu (appelé aussi le « fils prodigue »)
Un père avait deux fils. Le plus jeune lui demanda un jour sa part d’héritage pour partir mener la grande vie. Il partit loin, dilapida tout et finit affamé, obligé de garder des porcs (le fond de l’impureté pour un juif) pour survivre. Alors, il décida de revenir auprès de son père et prépare un discours de repentance. Lorsque le père le vit arriver au loin, il courut à sa rencontre et l’embrassa ; il rendit au fils la robe (la dignité), l’anneau (l’appartenance) et les sandales (la liberté).
Le fils aîné qui revenait des champs et a toujours été au service de son père, ne comprenait pas cette indulgence excessive de la part du père et ressentit de la jalousie ; il pensait mériter davantage que son frère.
La figure centrale de la parabole est le père : il respecte la liberté (il laisse partir), il espère (il guette), il s’humilie (il court), il restaure sans conditions. Il ne fait aucun reproche au cadet. En fait, dans cette histoire, l’amour du père ne dépend ni de la morale ni de la fidélité, mais de la relation. Il y a restauration de la filiation : « Mon fils était mort, et il est revenu à la vie », dit il.

Parabole de la veuve et du juge
Cette parabole touche quelque chose de profond : la persévérance, la justice et l’image que nous avons de Dieu. Un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait personne voyait régulièrement une veuve qui lui demandait sans cesse de lui rendre justice contre son adversaire. Cette veuve sans ressources et sans statut social n’avait aucun pouvoir ; elle ne pouvait donc ni menacer, ni soudoyer, ni négocier ; elle n’avait rien d’autre que sa voix et elle revenait et revenait encore. Le juge refusa longtemps et un jour, il se dit : « Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve me fatigue, je vais lui rendre justice pour qu’elle cesse de venir m’assommer. »
Et Jésus conclut : « Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? », ce qui signifie que même si un juge injuste, fermé et cynique finit par répondre à la demande de la veuve, il est évident que Dieu répondra aux demandes de ceux qui le prient.
Parabole du pharisien et du collecteur d’impôt
Cette parabole de Jésus était destinée à ceux qui étaient convaincus d’être justes et méprisaient les autres. Deux hommes montèrent au Temple pour prier. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
« Mon Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes…je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. »
Le collecteur d’impôt se tenait à distance, n’osait pas lever les yeux. Il se frappait la poitrine et dit :
« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. »
Jésus conclut, en parlant du collecteur d’impôt :
« Celui-ci redescendit chez lui justifié, plutôt que l’autre ».
En fait, le pharisien qui se croit exemplaire dans son comportement n’est pas justifié, alors que le collecteur d’impôt méprisé, est justifié, parce que la question n’est pas : qui a bien agi ? Mais : qui se tient dans la vérité de sa relation à Dieu ?
Parabole des talents
(appelée aussi parabole des serviteurs et des récompenses)
Un homme noble partit dans un pays lointain pour recevoir un royaume ; avant de partir, il confia dix pièces d’or, une à chacun de ses dix serviteurs, leur demandant de les faire fructifier jusqu’à son retour.
Quand il revint de son voyage, il demanda à ses serviteurs ce qu’il était advenu des pièces qu’il leur avait confiées : Le premier serviteur avait obtenu 10 pièces, le deuxième, cinq pièces et le troisième, par peur, avait enterré la pièce, donc n’a pas fait fructifier la somme qu’il avait reçue. Le maître conclut : « À ceux qui ont, il sera donné ; à ceux qui n’ont pas, il sera ôté même ce qu’ils ont. »
Parmi les thèmes clés de cette parabole, il y a la responsabilité et la liberté : les serviteurs doivent agir avec initiative, pas juste attendre. Ce n’est pas la quantité initiale qui compte, mais ce qu’ils en font : le risque et l’engagement sont valorisés. La peur et l’inaction privent de ce qui aurait pu être, alors que la créativité, le courage et la fidélité sont récompensés.
Parabole des vignerons
Un homme planta une vigne, la loua à des vignerons, et partit dans un autre pays. À la saison des fruits, il envoya un serviteur pour en recevoir sa part. Les vignerons le battirent et le renvoyèrent les mains vides. Le maître envoya plusieurs serviteurs, mais ils furent maltraités, tués ou chassés. Enfin, il envoya son fils, pensant qu’il serait respecté ; mais les vignerons tuèrent aussi le fils.
Jésus conclut : « Que fera donc le maître ? Il viendra et fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d’autres. »
La vigne représente le peuple, la mission et ce qui est confié par Dieu. Le maître représente Dieu. Les vignerons sont les responsables, les dirigeants, ceux qui ont la garde de la vigne. Les serviteurs sont les prophètes, les messagers de Dieu. Ils sont rejetés, battus, parfois tués (les prophètes de l’Ancien Testament ont été souvent rejetés). Le fils représente Jésus lui-même, envoyé comme ultime messager ; il est tué également. Le maître vient demander des comptes ; les vignerons meurtriers sont expropriés : la vigne sera confiée à d’autres. Le royaume s’ouvre à ceux qui savent recevoir et ceux qui reconnaissent le fils héritent de la vigne.


